La plus grande ferme sur toit d’Asie culmine à Bangkok

Publié le 15 octobre 2020

Aménagée sur le toit du campus de Rangsit, la ferme urbaine de l’université Thammasat, l’une des plus vieilles et prestigieuses universités de Thaïlande, montre qu’il est possible d’allier développement urbain et qualité environnementale.

Bangkok fait partie des villes du monde les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Construite sur des terres marécageuses, à 1,5 m seulement au-dessus du niveau de la mer, la capitale thaïlandaise s’affaisse d’un à deux centimètres par an. Le développement urbain frénétique et le bétonnage des nombreux canaux qui traversaient cette « Venise de l’Est » l’ont rendue incapable d’absorber les fortes crues en période de moussons.
Résultat : Bangkok subit régulièrement des inondations dévastatrices, dont l’intensité et la fréquence risquent d’augmenter dans les prochaines années. Selon des prévisions de la Banque mondiale, près de 40 % de la ville pourraient être submergés d’ici 2030.
Face à cette menace, l’université Thammasat veut montrer qu’il est possible d’allier développement urbain et qualité environnementale pour augmenter la résilience climatique des villes et la sécurité alimentaire. Sur son campus de Rangsit, au nord de Bangkok, elle a aménagé une immense toiture végétale de 22 000 m2, qui abrite la plus grande ferme sur toit d’Asie. 

Du toit à la table

La ferme occupe 7 000 m2, soit 32 % de la surface totale de la toiture végétalisée. Inspirée des pratiques agricoles des riziculteurs des régions montagneuses d’Asie du Sud-Est, elle reproduit la structure des rizières en terrasses traditionnelles pour faciliter la gestion des eaux de ruissellement. Cet aménagement du toit en terrasses permet de ralentir l’écoulement des eaux pluviales. L’eau de pluie est absorbée, collectée et stockée dans l’un des nombreux bassins de rétention pour pouvoir être utilisée ultérieurement pour l’irrigation des plantes.

On y cultive des herbes aromatiques, des légumes et une variété de riz naturellement résistante à la sécheresse et aux inondations. Ces produits entièrement biologiques sont servis dans la cantine du campus et distribués à la communauté. L’université Thammasat affirme pouvoir produire 3 745 kg de nourriture et fournir 133 000 repas par an. Tous les déchets alimentaires sont compostés et utilisés comme engrais organique pour les prochaines récoltes. Cette chaîne d’approvisionnement locale permet de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre liées à la production alimentaire (transformation, emballage, transport) et le gaspillage, tout en encourageant une alimentation végétale saine et à faible impact écologique

Tirant parti de l’abondance de soleil que reçoit la Thaïlande, la toiture végétalisée de l’université Thammasat est également équipée de panneaux solaires photovoltaïques capables de produire jusqu’à 500 000 Wh. Cette énergie renouvelable est utilisée pour pomper l’eau pour l’irrigation de la ferme urbaine et fournir de l’électricité pour refroidir l’air à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment.
Avec ce modèle de ferme urbaine autosuffisante au cœur de Bangkok, l’université Thammasat démontre qu’il existe une alternative à un approvisionnement alimentaire des villes autre que le système agricole industriel, qui peut avoir un impact social et environnemental négatif. D’autre part, l’aménagement urbain, lorsqu’il est adapté aux spécificités locales et s’inspire de techniques et pratiques éprouvées, peut contribuer à résoudre des défis environnementaux.