De la peau de raisin pour déglacer les routes

Posted on 03 septembre 2020.

Des chercheurs d’une université américaine ont inventé un procédé permettant de recycler des déchets agricoles en additif écologique afin de réduire l’impact environnemental des sels de voirie et préserver les ressources en eau

En hiver, l’application d’un fondant routier sur la chaussée – le plus souvent du chlorure de sodium, c’est-à-dire du sel – permet de faire fondre la pellicule de glace ou de neige  rapidement pour rendre les routes plus sûres.      
Cette pratique n’est pas anodine. Dans les régions froides où ils sont abondamment utilisés, les sels de voirie peuvent endommager les infrastructures et avoir un impact négatif sur l’environnement.

Par exemple, ils peuvent se déverser dans les rivières ou s'infiltrer dans les eaux souterraines, contaminant les sources d’eau douce et menaçant la végétation et les animaux aquatiques. C’est ce que l’on appelle la salinisation. 
Lors d’une conférence TED, la physico-chimiste organique Tina Arrowood, qui plaide pour une « économie circulaire des sels de voiries », raconte sa surprise en découvrant – alors qu’elle parcourt la littérature scientifique sur la santé des fleuves et des rivières à travers le monde – qu’un grand nombre de rivières américaines sont affectées par ce problème.
Sur 232 rivières testées, 37% affichent des niveaux de salinité croissants. Les sites les plus concernés se trouvent dans l’est des États-Unis     . Ce phénomène serait en partie dû à l'utilisation de sel pour déglacer les routes.

L’innovation mise au point par des chercheurs de l'Université de l'État de Washington – un additif écologique à base de déchets agricoles – pourrait contribuer à atténuer cet effet.

Améliorer l’efficacité des sels de voirie

L’idée est d’améliorer l’efficacité des sels de voirie afin d’en réduire l’utilisation, et donc les risques qui y sont associés, à la fois pour les infrastructures et pour l’environnement. Pour ce faire, l’équipe de chercheurs fait fermenter des déchets agricoles, notamment des peaux de raisin, pour les transformer en solution chimique non toxique. Cette solution peut dès lors être incorporée à la saumure utilisée sur les routes.

Le magazine Fast Company raconte comment ce procédé a été mis au point. Xianming Shi, professeur en génie civil et environnemental, a commencé à travailler sur un additif de déglaçage dans le cadre d’un projet parrainé par le ministère des Transports de l'Alaska.
À l’époque, le défi posé est différent : il s’agit de trouver une solution alternative aux sels de voirie conventionnels, devenus inefficaces en raison de températures trop basses dans l’État. Problème : le chlorure de magnésium (un fondant routier plus puissant que le sel) ou les additifs existants sont trop coûteux. L'équipe de Xianming Shi décide donc d’utiliser les déchets agricoles !
Selon les chercheurs, ce procédé pourrait être utilisé à grande échelle. Reste à convaincre les villes et les entreprises chargées du déglaçage des routes de l'utiliser.