Les villes au défi de la circularité

Les villes concentrent toujours plus d’habitants. Pour lutter contre le réchauffement climatique, leur aménagement doit s’inspirer de l’économie circulaire et leur fonctionnement être repensé.

Énergies renouvelables, mobilités douces, bâtiments pérennes… les villes ont tout intérêt à repenser l’ensemble de leur fonctionnement. L’énergie est une question centrale pour repenser les villes de demain. Le secteur du BTP – essentiel pour construire la ville de demain – est l’une des industries les plus polluantes.

Aujourd’hui, 55 % de la population mondiale vit en ville et ce nombre devrait grimper à 68 % d’ici 2050. Un constat qui pose une question centrale : comment réinventer la ville de demain pour la rendre agréable et durable pour le plus grand nombre ? En effet, aujourd’hui, les zones urbaines sont à l’origine d’importantes pressions sur l’environnement. Un rapport de la fondation Ellen MacArthur estime que « les villes consomment 75 % des ressources naturelles, produisent 50 % des déchets et sont responsables de 60-80 % des émissions de gaz à effet de serre ».
L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) précise cependant qu’il faut distinguer les conséquences de l’urbanisme des conséquences de notre modèle économique linéaire : extraire, produire, jeter. Et c’est bien ce modèle qui est à l’origine des problèmes que connaissent les zones urbaines, non les villes en elles-mêmes. Ces dernières ont d’ailleurs un rôle clé à jouer dans la mise en œuvre, à grande échelle, de l’économie circulaire.
Énergies renouvelables, mobilités douces, bâtiments pérennes… les villes ont tout intérêt à repenser l’ensemble de leur fonctionnement. Voici plusieurs réalisations déjà mises en œuvre.
 

Des énergies renouvelables au cœur des villes

L’énergie est une question centrale pour repenser les villes de demain. À l’échelle mondiale, le mix énergétique est dominé à plus de 80 % par les énergies fossiles. Les villes doivent donc intégrer de plus en plus d’énergie verte à leur mix.
Par exemple, dans les villes qui profitent du vent, l’installation de petites éoliennes, à taille humaine, est une solution pour produire de l’énergie renouvelable. Autre idée : produire de la chaleur – donc de l’énergie – à partir des déchets générés par la ville. Dans le nord de la France, Lille va ainsi construire une « autoroute de la chaleur », qui transportera l’énergie produite grâce à l’incinération des déchets, pour chauffer des bâtiments de la ville. Du côté de l’énergie solaire, la ville d’Ota, au Japon, a équipé ses bâtiments en panneaux photovoltaïques.
 

Favoriser l’efficacité énergétique dans les villes

Mais c’est aussi la production, le stockage et la distribution d’énergie qu’il convient de rendre plus efficaces. Depuis quelques années, on assiste à l’émergence des « smart grids » : des réseaux électriques intelligents qui s’appuient sur les nouvelles technologies pour mieux distribuer l’électricité. En France, le pionnier a été la ville d’Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne, avec le projet IssyGrid initié en 2012.
Grâce à des capteurs connectés, ces réseaux intelligents prennent en compte les besoins des consommateurs en temps réel, à différents points du réseau. Cela leur permet d’équilibrer en permanence l’offre et la demande, mais aussi d’optimiser en amont la production et le stockage de l’énergie.
 

Optimiser la durée de vie des bâtiments

Essentiel dans le développement des villes, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) est l’une des industries qui génèrent le plus de déchets. En France, il est à l’origine de plus de 70 % des déchets du pays, selon les chiffres publiés en 2016 par l’ADEME. La construction des villes de demain représente donc un véritable défi pour l’application d’un modèle circulaire.
Pour freiner la consommation de ressources non renouvelables, l’une des solutions consiste à optimiser la durée de vie des bâtiments, voire les transformer. Des bâtiments délabrés qui auraient dû être détruits ont ainsi été surcyclés ; c’est le cas de l’ancien hôpital de Saint-Vincent-de-Paul devenu Les Grands Voisins, un village d’expérimentation urbaine en plein cœur de Paris. Ou encore d’un ancien bunker transformé en une ferme urbaine, baptisée Zero Carbon Food, à Londres.
L’autre solution circulaire est de concevoir des matériaux produits à partir de déchets, et qui pourront être recyclés et valorisés. La start-up taïwanaise Miniwiz transforme ainsi les déchets industriels et ménagers en meubles ou en objets design.
 

Des mobilités douces dans les villes

Le secteur des transports est le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, après celui de l’énergie. Les émissions s’accroissent à mesure que les métropoles s’étalent, entraînant souvent l’utilisation de voitures individuelles. L’une des solutions consiste à ériger des villes dites compactes, qui favorisent les déplacements à pied.
Il est aussi indispensable de mettre en place des mobilités qui s’inspirent de l’économie circulaire. L’écoconception de véhicules et le covoiturage font partie des solutions développées.
De nouveaux modes de consommation de la mobilité voient également le jour. Par exemple, les locations de courte durée – qu’il s’agisse de voitures, de scooters, de vélos ou encore de trottinettes – encouragent à considérer la mobilité comme un secteur de services. Les citoyens ne sont plus propriétaires, mais uniquement utilisateurs.
 

La nécessité d’actions concertées dans les villes

Pour accélérer la transition énergétique et lutter efficacement contre le réchauffement climatique, la planification et l’aménagement des villes doivent être repensés dans leur ensemble. Selon le think tank Circle Economy, les pouvoirs publics doivent adopter des réglementations, mais aussi des mesures fiscales incitatives et favorables à l’économie circulaire. À l’instar du Parlement européen, qui a validé le 27 mars 2018 l’interdiction des plastiques à usage unique dans l’ensemble des pays européens, d’ici 2021.
Start-up, grands groupes, ONG, collectivités, citoyens… Pour permettre de généraliser l’économie circulaire à l’échelle des villes, il faut non seulement embarquer l’ensemble des acteurs économiques, mais aussi les encourager à développer des synergies entre eux.
 

Image principale : Getty Images

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