Sauver les coraux, un travail de dentelle

Publié le 15 avril 2021

Menacés de disparition, les coraux ont peut-être trouvé leur sauveur. L’artiste Jérémy Gobé a développé un programme de régénération… en s’inspirant des motifs de la dentelle du Puy-en-Velay.

Quand s’inspirer de la nature permet de répondre à l’urgence climatique

Tout a commencé par une rencontre, celle du plasticien Jérémy Gobé avec un corail abandonné dans une ressourcerie Emmaüs. Fasciné par la structure et les motifs des coraux, il a décidé de développer son œuvre artistique autour de ces êtres marins.

Quelques années plus tard, une deuxième rencontre a chamboulé les projets de l’artiste : la dentelle du Puy-en-Velay. Jérémy Gobé a été fasciné par la ressemblance entre les motifs de cet artisanat d’art, vieux de 400 ans et ceux des coraux. Il se lance alors dans un projet surprenant : régénérer des coraux avec de la dentelle du Puy-en-Velay !

Ceux-ci sont en effet gravement menacés par le réchauffement climatique. Certaines études montrent que 100 % de la surface corallienne mondiale pourrait disparaître d’ici à 2050 ans. Un enjeu important car ces êtres-vivants marins accueillent un tiers de la vie marine alors qu’ils ne représentent que seulement 0,2% de la surface des océans et qu’ils génèrent beaucoup de services écologiques (dont la captation du CO2). 

 

Démarche biomimétique

La solution de Jérémy Gobé s’inscrit dans une démarche biomimétique en tirant profit de la ressemblance entre les motifs de la dentelle et les coraux, afin que ces derniers s’y développent.

La dentelle présente des avantages indéniables. Elle est souple, transparente, les coraux peuvent s’y accrocher et surtout elle est biodégradable et se dissout dans l’eau. Un point important car aujourd’hui, les programmes de régénération des coraux s’appuient sur des supports construits à base de béton ou de plastique… qui restent ensuite dans le fond des océans.

En 2018, un premier test a été mis en place avec des chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle et une des deux dernières entreprises de dentelle du Puy-en-Velay.

De nombreuses heures de travail ont permis d’aboutir à une structure en coton analogue à celle d’un squelette corallien sur laquelle les polypes de corail s’accrochent et se développent.

Déjà, Jérémy Gobé imagine tapisser le fond des océans de dentelle… Mais pour l’heure, le projet se poursuit avec un test prévu cette année dans les récifs coralliens de Guadeloupe. Le plasticien, de son côté, développe son projet Corail Artefact pour sensibiliser le grand public à la préservation de ces êtres marins fragiles.