En Ouganda, une start-up transforme les déchets plastiques en visières de protection

Publié le 11 février 2021

Dans la deuxième ville du pays, Takataka Plastics développe de petites machines permettant de transformer les déchets plastiques en matériaux de construction et en visières de protection pour les soignants en première ligne contre la Covid-19.

Située dans le nord de l’Ouganda, Gulu est, avec une population d’environ 140 000 habitants, la deuxième plus grande ville du pays. Mais l’usine de recyclage la plus proche se trouve… à six heures de route en voiture. Cela rend le recyclage des déchets plastiques non viable économiquement, plus encore depuis que la Chine et l’Inde, importants débouchés traditionnels pour les entreprises de recyclage ougandaises, ont décidé de limiter leurs importations.

Ces déchets plastiques sont donc incinérés, enfouis ou, pire, jetés dans la nature et les rues de Gulu. Les bouteilles PET, en particulier, jonchent les trottoirs de la ville.

Une start-up locale a décidé de s’attaquer au problème. Menée par Paige Balcom, une étudiante en doctorat en génie mécanique de l’université de Californie à Berkeley, l’équipe de Takataka Plastics développe des machines qui trient, broient et font fondre le plastique pour le transformer en matériaux de construction et, plus récemment, en visières de protection destinées aux membres du personnel médical qui combattent la Covid-19.

 

Double vocation

L’histoire de Takataka Plastics débute fin 2017. Alors qu’elle fait un séjour de plusieurs mois en Ouganda, Paige Balcom rencontre Peter Okwoko, un activiste environnemental ougandais, qui a fondé une entreprise sociale de gestion des déchets à Gulu, AfriGreen Sustain. Ensemble, ils lancent Takataka Plastics, une start-up à double vocation : apporter une solution au problème des déchets plastiques, et employer et offrir un environnement de travail bénéfique aux survivants des agissements de l’Armée de résistance du Seigneur, un mouvement fondamentaliste chrétien actif en Ouganda depuis la fin des années 1980.

En 2019, Paige Balcom et Peter Okwoko ouvrent un petit centre de collecte des matières plastiques à Gulu et construisent leurs premiers prototypes de machines leur permettant de fabriquer du carrelage mural à partir de plastique recyclé. Leurs tuiles, vendues aux quincailleries et entreprises de construction, ont l’avantage d’être moins chères et plus résistantes que les carreaux de céramique. Elles sont rigides, mais légères et simples à installer. Dans un contexte où le secteur de la construction est en plein essor à Gulu, leur produit devient vite populaire.

Les deux associés insistent sur le caractère local de leurs machines, conçues à partir de designs open source mais modifiées pour utiliser des pièces et des techniques de fabrication disponibles sur place. « Les machines fabriquées localement sont moins chères et plus faciles à entretenir et à réparer si elles se cassent », souligne Paige Balcom. Cela leur permet également de les reproduire facilement et de « passer à l’échelle » dans l’optique de pouvoir les distribuer en dehors de Gulu. Takataka Plastics souhaite en effet pouvoir s’étendre à d’autres villes ougandaises et éventuellement à d’autres pays en développement.

 

Du carrelage aux visières

La pandémie de Covid-19 conduit la start-up à faire preuve d’agilité. Lorsque l’équipe de Takataka Plastics entend parler du manque de dispositifs de protection dans les hôpitaux, elle décide de passer temporairement à la fabrication d’équipements médicaux – des visières jetables ou réutilisables destinées aux médecins et infirmiers exerçant dans le nord de l’Ouganda.

Un jour après le lancement de la production, un responsable de la santé les contacte pour leur demander de fournir des visières à une unité d’isolement où le personnel manquait cruellement d’équipements adéquats, marquant le début de leur campagne de dons aux institutions de santé publique ougandaises.

Depuis la première semaine de juillet 2020, Takataka Plastics a ainsi produit et offert des milliers de visières, ce qui a permis d’éviter que des centaines de kilos de déchets plastiques ne se retrouvent dans les décharges ou la nature.