L’économie circulaire, alliée d’une alimentation responsable

Comment l’économie circulaire peut-elle favoriser une alimentation plus durable ? La Conférence 2C organisée par la Fondation Veolia le 15 mai a fait le point sur cet enjeu de premier plan à l’échelle de la planète.

« 80 % du contenu de notre poubelle est recyclable. »


Organisée par la Fondation Veolia, la deuxième Conférence circulaire de l’année 2018 a eu lieu le mardi 15 mai à La REcyclerie. Destinées principalement aux étudiants, ces conférences ont vocation à partager avec eux les grands enjeux de l’économie circulaire, plus respectueuse de nos ressources. Elles sont animées par le réseau de jeunes CliMates et font intervenir différentes parties prenantes en fonction du thème de la conférence. Cette fois-ci, l’alimentation responsable était au cœur des échanges.

« Nous sommes en situation de surconsommation par rapport aux capacités de la planète », a rappelé Amélie Rouvin, responsable de l’engagement Économie Circulaire chez Veolia, pour introduire l’événement. Depuis les années 1970, nous consommons plus de ressources naturelles que ce que la planète n’est capable de régénérer en un an. À ce rythme, nous pourrions avoir besoin de l’équivalent de 2,5 planètes par an à l’horizon 2050…

Comment en est-on arrivé là ? La principale raison est à chercher du côté de la croissance démographique. Nous sommes actuellement 7 milliards d’êtres humains sur Terre et devrions atteindre les 9 milliards d’ici 2050. Cela représente tout autant de besoins en eau, en nourriture ou encore en énergie.

Dans ce contexte, notre système économique linéaire actuel – extraire des ressources, produire, consommer, jeter – n’est pas soutenable. Nous rejetons plus de 4 milliards de tonnes de déchets par an, dont seulement un quart est valorisé. Il faut changer de paradigme et basculer vers un système circulaire où les déchets des uns deviennent les ressources des autres. La bonne nouvelle ? « 80 % du contenu de notre poubelle est recyclable », précise Amélie Rouvin.

On a souvent tendance à associer la valorisation des déchets au recyclage. En réalité, l’économie circulaire repose sur sept piliers : le recyclage, le réemploi, la réparation, la réutilisation, l’économie de la fonctionnalité, l’écoconception et l’écologie industrielle et territoriale.


Externalités négatives

Dans le domaine de l’alimentation – thème de cette conférence –, l’enjeu est de sécuriser l’accès à la nourriture pour l’ensemble de la population mondiale, tout en

préservant et en régénérant les écosystèmes (biodiversité, sol, eau, air). Les consommateurs ont par ailleurs aujourd’hui de plus grandes exigences : ils souhaitent une alimentation de qualité, à un prix abordable, et se soucient de plus en plus de la question du bien-être animal.

Le système de production actuel s’accompagne de très importantes externalités négatives. L’alimentation est en effet responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et ce en grande partie du fait du gaspillage alimentaire : environ 1/3 de la production mondiale est jetée tous les ans.

Ce gaspillage a lieu à toutes les étapes de la chaîne de valeur : lors de la production agricole, de la transformation en produits finis, chez les commerçants et jusqu’aux consommateurs. Rien qu’en France, nous jetons chaque année 8 millions de tonnes d’aliments, soit 150 kg par habitant.

L’économie circulaire peut justement aider à concevoir des systèmes de récupération et de traitement efficaces pour transformer les déchets organiques en ressources. Soit en réorientant les flux encore propres à la consommation, soit en transformant les déchets en énergie (méthanisation)ou encore en compost.


Un enjeu pour les politiques publiques

En France, l’alimentation responsable est un enjeu de taille, au cœur des politiques publiques. En 2015, la loi de transition énergétique a posé les premiers jalons de la lutte contre le gaspillage alimentaire. La loi Garot a permis en 2016 de franchir une étape supplémentaire en interdisant aux distributeurs alimentaires de rendre impropres à la consommation les invendus encore consommables. La loi a par ailleurs imposé aux grandes surfaces de conclure une convention avec des associations pour leur faire don de leurs invendus.

La feuille de route pour l’économie circulaire, publiée par le gouvernement le 23 avril 2018, a intensifié encore la bataille en fixant notamment l’objectif de sortir tous les biodéchets de la poubelle à l’horizon 2025. Ces derniers représentent en effet un gisement de 22 millions de tonnes à valoriser.

Enfin, suite aux États généraux de l’alimentation organisés entre juillet et décembre 2017, un projet de loi est en cours. L’extension de la loi Garot à l’ensemble du secteur de la restauration collective, privée et publique, est notamment à l’étude. Ce qui signifie que les hôpitaux et les restaurants collectifs – entre autres – pourraient bientôt connaître à leur tour l’interdiction de mettre à la poubelle des produits encore propres à la consommation.
 

Sauver la planète avec nos assiettes

Pour Jean-Luc Fessard, journaliste spécialisé dans l’environnement et créateur de l’association Bon pour le Climat, le meilleur moyen de réduire l’impact environnemental de l’alimentation se trouve d’abord dans notre assiette. Un repas moyen en France génère l’émission de 2,5 kg de CO2 (chiffres de l’ADEME). Lorsqu’il est composé de bœuf, les émissions montent rapidement à 5 kg de CO2 tandis qu’une assiette végétale provoque moins de 500 g d’émissions. Dans son livre Ça chauffe dans nos assiettes, lauréat 2017 du Prix du livre Environnement de la Fondation Veolia, Jean-Luc Fessard détaille les trois critères clés d’une assiette écolo : des produits de saison, issus de la production locale, et dans la mesure du possible avec beaucoup de végétaux. « Le problème n’est pas que l’on consomme trop de protéines, mais plutôt qu’il n’y a pas assez de végétal dans nos repas. Il faut rétablir l’équilibre entre les deux. » Ainsi, il y a quelques semaines, quand la presse française s’est émue de voir le burger détrôner le traditionnel sandwich jambon-beurre, Jean-Luc Fessard a de son côté publié un article pour rappeler que c’était surtout un drame pour la planète. Un bon moyen mnémotechnique à garder en tête : un jambon-beurre plutôt qu’un burger!


 

La lutte contre le gaspillage alimentaire est une question de culture et d’éducation

Créée en 2012, Eqosphère est une plateforme numérique qui connecte différents acteurs publics, privés et associatifs pour valoriser les déchets alimentaires. « Nos algorithmes qualifient de manière très précise les gisements de produits non consommés à tous les stades et les réorientent vers des filières pour lesquelles ils constituent une ressource », explique Xavier Corval, le fondateur de la start-up. Ce dernier précise toutefois : réduire le gaspillage alimentaire ne consiste pas seulement à traiter l’aval – autrement dit les déchets –, il faut aussi s’intéresser à l’amont. Les équipes d’Eqosphère interviennent donc chez le client pour auditer les flux de déchets et réduire les facteurs sur toute la chaîne de valeur. Après cet audit, elles proposent de mettre en place de nouveaux processus (en termes de management, d’achats, de tri, etc.) et de former les collaborateurs à une véritable culture antigaspi. Et le résultat est là. Chez Leader Price par exemple, l’intervention d’Eqosphère a permis de valoriser 500 tonnes de produits alimentaires en 2017. Cela revient à sauver 200 000 m 3 d’eau : celle qui sert à arroser les champs, à créer le produit fini, mais aussi celle utilisée pour la destruction du déchet. Quatre cents collaborateurs ont par ailleurs été formés à la réduction du gaspillage. Pour Xavier Corval, « l’enjeu éducatif est prioritaire dans la lutte contre le gaspillage et devrait d’ailleurs commencer dès le plus jeune âge, à l’école ».

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