Des installations éphémères à base de déchets pour rendre visible l’invisible

Posted on 09 juin 2020.

Au Mexique, Alejandro Durán crée des œuvres d’art in situ à partir de déchets collectés dans la réserve de Sian Ka’an. Des déchets qu’il réutilise à l’infini, et qui font l’objet d’ateliers de sensibilisation à la pollution plastique.

Alejandro et les personnes qui travaillent avec lui sur le projet ont identifié des déchets provenant de près de soixante pays différents de tous les continents.

Située sur la côte est du Yucatán, dans l’État du Quintana Roo au Mexique, la réserve naturelle de Sian Ka’an est reconnue réserve de biosphère par l’UNESCO et inscrite sur la liste du patrimoine mondial. Malheureusement, ce paradis terrestre n’est pas épargné par les effets délétères de notre société de consommation et de notre culture du jetable.

Des milliers de débris plastiques, venus des quatre coins du globe, s’y échouent, dégradant un paysage d’une beauté à couper le souffle. Ces déchets constituent la matière première des installations éphémères de l’artiste mexicain Alejandro Durán, dans lesquelles il essaie de « dépeindre la réalité de ce qui se passe avec notre environnement et rendre visible l’invisible ».

Tout commence en 2010, lorsque Alejandro Durán visite Sian Ka’an pour la première fois. Il est horrifié de découvrir que la plage sur laquelle il se trouve est couverte de débris plastiques.

Parmi la multitude de déchets, il remarque que le bleu prédomine. Il décide alors d’en rassembler quelques-uns dans différents tons de bleu, les organise et les prend en photo face au ciel azur et à la mer des Caraïbes. En regardant le résultat, il a une révélation : il doit revenir à Sian Ka’an pour créer et photographier de nouvelles compositions. C’est la naissance de sa série baptisée Washed Up et pour  laquelle l’artiste collecte et organise par couleur des centaines de déchets pour créer des œuvres in situ.

 

Mondialisation des déchets

Alejandro Durán et les personnes qui travaillent avec lui sur le projet ont identifié des déchets provenant de près de soixante pays : des boîtes de beurre d’Haïti, des bouteilles d’eau de Jamaïque, des flacons de shampoing de Corée du Sud, d’eau de Javel du Costa Rica, de produits W.-C. de Norvège… Un jour, Alejandro a même trouvé une prothèse de jambe !

Très vite, l’artiste s’interroge : que faire des déchets une fois qu’il a terminé ses installations ? Trop dégradés, ils ne pourront probablement pas faire l’objet d’un recyclage. La décharge n’est bien entendu pas une solution satisfaisante. Il décide de les garder, de les réutiliser à l’infini pour créer de nouvelles œuvres d’art, mais aussi de s’en servir lors d’ateliers de création artistique à destination des populations locales. Alejandro Durán a ainsi lancé plusieurs projets d’art communautaire, qui s’articulent autour du nettoyage des plages et de programmes d’éducation. 

À mesure que sa collection de déchets grandit, son travail évolue. Dans ses dernières installations, l’artiste mêle par exemple la photographie et la sculpture pour créer des œuvres d’art vivantes en trois dimensions, qui se transforment au cours du temps. Il souhaite désormais réaliser des œuvres à une plus grande échelle.