Conférence 2C : Repenser notre modèle économique avec l’économie circulaire

Le changement climatique n’est pas un simple passage, mais bien l’entrée dans un monde complètement différent et inconnu.

Le 13 mars 2019 marquait le retour – pour la quatrième année consécutive – des conférences 2C, organisées par la Fondation Veolia à La REcyclerie. Ce cycle annuel de quatre conférences a pour objectif de partager avec le grand public, et en particulier avec les étudiants, les grands principes et enjeux de l’économie circulaire.
Animées par le réseau de jeunes CliMates, les conférences font intervenir différents experts en fonction de leur thème. Dominique Bourg – philosophe et parrain du cycle 2C – était notamment présent pour le lancement du programme 2019.
Au cœur des échanges de la soirée, une question de premier plan : comment repenser notre modèle économique avec l’économie circulaire ?
 

La dégradation des conditions d’habitabilité de la planète

« Commençons par un petit historique », entame Dominique Bourg. L’humanité s’est intéressée au sujet du climat à la fin des années 1990. À l’époque, on est alors persuadé que l’on a affaire à un problème transitoire. On imagine que la concentration des niveaux de CO2 dans l’atmosphère ne durera pas plus d’un siècle, que l’on n’ira pas très loin en termes d’élévation des températures moyennes sur Terre, et que la technique nous aidera à réduire ce dérèglement climatique.
En fait, tout est faux ! Durant la première décennie du xxie siècle, on réalise que la concentration de CO2 dans l’atmosphère va durer plusieurs siècles, et surtout, que le changement climatique n’est pas un simple passage, mais bien l’entrée dans un monde complètement différent. Cela change totalement la donne. En 2018, la planète, et notamment l’hémisphère Nord, a d’ailleurs connu des vagues de chaleur et de sécheresse inégalées depuis que l’homme a commencé à faire des suivis météorologiques. Cette année-là, tout le monde a pu toucher du doigt de manière tangible le fait que le climat évolue et qu’il va changer plus rapidement que ce que l’on imagine.
On commence également à réaliser l’ampleur de l’effondrement du vivant un peu partout sur la planète. Chez les insectes notamment. En Allemagne, une étude indique qu’en vingt-sept ans, 75 % des insectes volants ont disparu. Une autre étude a démontré qu’à l’échelle planétaire, 41 % des insectes – dans leur totalité, pas seulement les insectes volants – connaissaient un déclin accéléré, avec une perte de 2,5 % de leurs effectifs par an. Autrement dit, en à peine quelques décennies, ce sont des populations entières qui ont disparu.
« Le sujet dont on parle, c’est bien celui de la dégradation des conditions d’habitabilité de la planète », résume Dominique Bourg. « Le climat, ce n’est jamais que les conditions optimales d’épanouissement des espèces vivantes sur Terre. S’il n’y a plus d’espèces, à quoi bon sert le climat ? »
 

Renoncer au consumérisme

La situation est grave. Il ne s’agit pas de prendre des demi-mesures. Le dernier rapport du GIEC, publié en 2018, estime que pour inverser la tendance, il faudrait diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Or, aujourd’hui, 81 % de notre énergie provient des ressources fossiles. Des énergies dites « carbonées », qui accélèrent les niveaux de concentration de CO2 dans l’atmosphère.
Il y a quand même une bonne nouvelle : les études estiment que la planète a toutes les ressources pour satisfaire les besoins primaires nécessaires pour 8 milliards d’habitants. Mais à une condition, rappelle Dominique Bourg : renoncer au consumérisme. Or, aujourd’hui, toutes les économies encouragent cette propension à consommer. « Nous avons conçu notre économie comme un système totalement indépendant de la nature. Le défi qui se pose aujourd’hui est de réintégrer la nature. » Pour y parvenir, il s’agit d’entrer dans un nouveau paradigme économique, en revoyant tous nos modes de production et de consommation. C’est notamment ce que propose l’économie circulaire.
 

Optimiser les ressources

Lorsque l’on parle d’économie circulaire, la plupart des gens l’assimilent au recyclage. Or, il n’en est que l’un des sept piliers. L’enjeu ultime au cœur de l’économie circulaire est bien la gestion efficace des ressources.
Cet enjeu incite notamment les entreprises à repenser leurs métiers. Par exemple, en quelques années, Veolia est passé d’un opérateur de traitement des déchets à un producteur de matières premières recyclées. 
« Nous créons des synergies entre les ressources que nous traitons : eau, énergie et déchets, explique Amélie Rouvin, responsable de l’engagement « économie circulaire » chez Veolia. Par exemple, nous récupérons la chaleur dégagée par les bactéries présentes dans les eaux usées pour chauffer des écoquartiers ou des piscines municipales, au sein d’une même ville. Cela permet de créer des boucles locales d’économie circulaire. »
Autre exemple : au Maroc, Veolia a mis en service, sur le site de l’usine Renault à Tanger, trois chaudières biomasse qui carburent aux noyaux d’olives, des déchets générés par la fabrication locale d’huile d’olive. Ces chaudières permettent de produire l’eau chaude nécessaire au fonctionnement de l’usine. Une énergie thermique 100 % renouvelable produite en boucle courte !
 

 Faire coopérer tous les acteurs économiques

« Ce que nous apporte l’économie circulaire, c’est aussi la compréhension que l’on agit dans un écosystème global », continue Amélie Rouvin. Il ne faut pas opposer les start-up, les grands groupes, les ONG, les collectivités, les citoyens… Pour entrer dans ce nouveau paradigme que nous propose l’économie circulaire, il faut non seulement embarquer l’ensemble des acteurs économiques, mais aussi les faire travailler ensemble.
C’est d’ailleurs toute la philosophie de Veolia qui collabore avec de nombreuses entreprises, start-up et associations, notamment via son programme d’open innovation social « Pop Up by Veolia » monté en 2014. L’objectif : accompagner et accélérer les projets des acteurs du changement au sein des territoires. Il peut s’agir de partenariats financiers et opérationnels avec des entrepreneurs sociaux, mais aussi de codéveloppement de service.
Par exemple, Veolia a noué un partenariat avec l’entreprise d’insertion LogisCité pour sensibiliser des personnes en situation de précarité énergétique, sur les bonnes pratiques à adopter en matière de gestion de l’eau. Cette action conjointe a permis aux foyers sensibilisés de réduire leur consommation annuelle d’eau – et donc leur facture - de 25 %.
 

Au total, grâce à cette démarche « Pop Up », quinze incubateurs ont été créés depuis 2014 dans plusieurs villes en France, mais aussi à l’international, notamment à Mexico.


L’incitation des pouvoirs publics

Un autre levier pour permettre la transition vers une économie circulaire est aussi l’action des pouvoirs publics via la réglementation, l’accompagnement ou encore la fiscalité incitative. Par exemple, l’Union européenne a voté en décembre 2019 l’interdiction des plastiques à usage unique (pailles, couverts, Cotons-Tiges, etc.) dans l’ensemble des pays européens, d’ici 2021. En France, la secrétaire d’État Brune Poirson vient d’annoncer la mise en place d’un bonus-malus permettant de réduire les prix des produits intégrant des matières recyclées. Autre exemple : la loi sur la responsabilité élargie des producteurs oblige les fabricants de cigarettes à prendre en charge la fin de vie de leurs produits en organisant des collectes de mégots et des actions de sensibilisation des citoyens. On attend également un projet de loi sur l’économie circulaire en 2019, dont un document provisoire a été rendu public en janvier, explique Marline Weber, de l’Institut national de l’économie circulaire.


L’économie circulaire au cœur des débats citoyens

Enfin, la mobilisation des citoyens est indispensable et peut avoir un impact significatif. Chacun peut faire entendre sa voix et donner des idées pour construire une économie plus circulaire et plus respectueuse des ressources.
Dans ce cadre, l’Institut national de l’économie circulaire a d’ailleurs élaboré dix propositions à destination des pouvoirs publics. Parmi lesquelles : l’interdiction de destruction des produits invendus, la mise en place d’une TVA circulaire réduite sur les activités et les biens issus de l’économie circulaire, ou encore la formation et la sensibilisation des plus jeunes. « La jeune génération est déjà très consciente des enjeux, la prochaine le sera encore plus. Ce sont eux qui portent en eux les graines du changement ! », conclut Marline Weber.

Sur le même sujet

Back to top
comments powered by Disqus