Conférence 2C : REcycler oui, mais ensemble !

- « Le recyclage n’est qu’une de ses composantes, mais elle est fondamentale et implique tous les acteurs de la chaîne : cela va du fabricant, avec l’écoconception, au consommateur, qui doit effectuer le geste du tri. »
- « Le recyclage crée dix fois plus d’emplois que la filière d’enfouissement des déchets. »
- « Il y a un fort enjeu individuel derrière le défi sociétal du recyclage. Il s’agit de vaincre tous les microfreins qui empêchent le tri, comme l’absence d’information claire. »

Le froid et la pluie de ce 26 novembre 2019 n’ont pas freiné les participants à la 18e conférence 2C, organisée par la Fondation Veolia, à La REcyclerie. Dans ce haut lieu de l’économie circulaire situé au nord de Paris, les débats étaient vifs entre les experts, les étudiants et les jeunes actifs venus participer en nombre. L’objectif de cette soirée animée par le réseau CliMates : mieux comprendre les enjeux de l’économie circulaire et plus particulièrement les défis du recyclage – pour cette 4e édition de l’année 2019 sur le thème des 4R : REpenser, RÉduire, RÉparer et enfin REcycler. 
 

L’économie circulaire pour mieux gérer les ressources

« D’ici 2050, nous serons 9 milliards d’habitants sur Terre. Nous aurons donc besoin d’encore plus de ressources, de plus d’énergie, avec moins de surface disponible du fait de l’urbanisation croissante », rappelle en introduction Amélie Rouvin, responsable économie circulaire chez Veolia.
Dès lors, comment mieux gérer les ressources de notre planète ? « L’économie circulaire, c’est un peu la gestion traditionnelle d’un foyer : on ne consomme que ce qui est à notre disposition et on optimise nos ressources », explique Emmanuelle Ledoux, directrice de l’Institut national de l’économie circulaire. C’est dans ce cadre qu’intervient le recyclage, un des sept piliers de l’économie circulaire, mais aussi un impératif pour mieux utiliser et mieux valoriser les ressources de notre planète. 
 

Une prise de conscience massive

Face à ces défis, les consciences s’éveillent progressivement, comme le constatent les experts présents lors de la conférence. « Les problématiques liées au recyclage ont beaucoup bougé durant les cinq dernières années. Nous assistons à un vrai fourmillement d’initiatives, de projets d’entreprise, de start-up et d’associations venues faire avancer ces sujets », s’enthousiasme Séverine Lèbre-Badré, directrice de la communication de Citeo, qui accompagne les entreprises dans leur démarche de valorisation des déchets d’emballage. 
Les investissements sont d’ailleurs à la hauteur puisque l’ambitieuse Alliance to End Plastic Waste – qui réunit plus de 40 grandes entreprises mondiales, dont Veolia – s’engage à dépenser 1,5 milliard de dollars d’ici cinq ans pour réduire les déchets terminant dans l’océan. Cet engouement se retrouve aussi chez Veolia, qui multiplie les signatures d’alliances stratégiques destinées à mieux valoriser les déchets, comme avec Danone
 

Vaincre le frein financier

Pourtant, malgré la prise de conscience massive, le chemin à parcourir reste long. Si la planète produit chaque année plus de 4 milliards de tonnes de déchets, le taux de recyclage reste anecdotique. « Seuls 9 % des plastiques dans le monde sont recyclés ! », s’alarme Amélie Rouvin. Dommage, surtout lorsque l’on mesure les opportunités de ce pilier de l’économie circulaire. « Le recyclage crée dix fois plus d’emplois que la filière d’enfouissement des déchets. » 
Alors qu’est-ce qui freine aujourd’hui ? Le coût. En effet, recycler une matière (avec les emplois et les technologies développées) revient souvent plus cher que l’extraction de matériaux vierges. 
En apparence seulement, car c’est en réalité notre façon même de calculer les coûts que nombre d’experts remettent en cause. « Aujourd’hui, notre modèle économique marche sur la tête. Le coût de nos produits, par exemple, ne tient pas compte de toutes les externalités négatives générées : les pollutions, les conséquences environnementales et climatiques. En prenant en considération tous ces paramètres, on se rend clairement compte que l’économie circulaire nous aidera à gagner des points de PIB moins artificiels et plus justes, puisqu’ils permettent de créer de la valeur à partir de ressources aujourd’hui gaspillées », analyse Amélie Rouvin.  
Au-delà de la comptabilité environnementale, la réglementation aussi tente de vaincre ce frein financier, et notamment en France via le projet de loi anti-gaspillage. Le texte, actuellement en débat au Parlement, entend mettre fin à certaines anomalies fiscales et encourager les comportements responsables. « Le fait qu’il soit aujourd’hui quelquefois plus cher de recycler que de jeter est aberrant ! », s’étonne Emmanuelle Ledoux de l’Institut national de l’économie circulaire, qui participe aux débats sur le projet de loi. C’est la raison pour laquelle le projet prévoit de renforcer les malus pour les fabricants qui ne prendraient pas en compte l’écoconception et la recyclabilité dans l’élaboration de leurs produits.
 

Tous impliqués dans le recyclage ! 

Mais comme le recyclage implique toute la chaîne économique, le projet de loi entend aussi inciter les citoyens à recycler davantage, notamment via une nouvelle signalétique indiquant clairement les règles de tri sur chaque produit. Une initiative qui fait écho à la plateforme Trier, c’est donner et à l’application, Le Guide du Tri, de Citeo. D’un simple clic, les citoyens peuvent connaître les bons gestes de recyclage pour chaque emballage et papier. « Il y a un fort enjeu individuel derrière le défi sociétal du recyclage. Il s’agit de vaincre tous les microfreins qui empêchent le tri, comme l’absence d’information claire. Notre ambition est de créer de l’enthousiasme, voire de la fierté, autour du recyclage, et non, comme cela peut être le cas aujourd’hui, de vivre cette démarche comme une contrainte », détaille Séverine Lèbre-Badré de Citeo. 
Même son de cloche à la mairie de Paris : la capitale a été l’un des premiers territoires français à se doter d’une feuille de route pour l’économie circulaire, dès 2017. « Le geste de recyclage doit être le plus simple possible. C’est la raison pour laquelle nous avons facilité et étendu en 2019 les consignes de tri pour accepter tous les plastiques dans le bac jaune. Cela nous a permis de récolter davantage de déchets à valoriser », se réjouit Anita Ravlic, chargée de mission économie circulaire à la mairie de Paris. Mais la municipalité ne fait pas reposer tous les enjeux du recyclage sur les seules épaules des citoyens. Pour les bureaux – qui n’ont aujourd’hui pas d’obligation de recycler leurs déchets ménagers –, la mairie a créé une filière de recyclage dédiée, notamment grâce à des partenariats avec la SNCF et La Poste. « Aujourd’hui, cette nouvelle filière pour les bureaux nous a permis de valoriser plus de 4,5 tonnes de déchets », se réjouit Anita Ravlic. Car s’il y a une conclusion que tous les experts de la conférence 2C partagent, c’est bien que le recyclage ne peut se faire avec des acteurs isolés. Seuls les partenariats, les alliances, les collaborations permettront de faire avancer ce sujet dans les années à venir.
 

CRÉDITS PHOTOS : image principale @Veolia

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