Comment le Costa Rica compte atteindre la neutralité carbone

Le 24 février 2019, le président de ce petit État d’Amérique centrale a annoncé le lancement d’un plan national de décarbonation du pays. L’objectif : être parmi les premiers à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

« La décarbonation est la plus grande tâche de notre génération et nous voulons être le premier pays à y parvenir. »

Carlos Alvarado en avait fait la promesse lors de sa prise de fonction à la tête du pays, le 8 mai 2018. Le 24 février 2019, le président du Costa Rica est passé à l’action avec l’annonce du lancement d’un plan national de décarbonation, pour mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles et réduire l’empreinte carbone de l’économie du pays. Son objectif : devenir l’un des premiers États au monde à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 

Comment ? En réduisant au maximum les émissions de CO2 du pays, de manière que les émissions restantes et inévitables puissent être absorbées par les forêts, les sols et les océans. C’est ce que l’on appelle l’émission carbone nette. 

Le Costa Rica n’est pas le seul pays à s’être fixé cet objectif à cette échéance. En 2017, lors de la présentation de son Plan climat, la France avait également fixé le cap de la neutralité carbone d’ici 2050.

Mais le plan national du Costa Rica va plus loin. Il est le premier à détailler les trois étapes de sa transition vers la décarbonation à court, moyen et long terme : « le commencement » pour la période 2018-2022, « le virage » pour 2023-2030, et enfin « le déploiement massif » de 2031 à 2050. Zoom sur sa feuille de route ambitieuse reposant sur 10 objectifs phares. Au rang des secteurs prioritaires abordés : les transports publics et privés, l’énergie, les bâtiments et la gestion des déchets, notamment. Voici les 10 objectifs phares de ce plan national :

1) Développer un système de transport public et une mobilité partagée, sécurisée et alimentée par une énergie propre. L’utilisation de voitures privées deviendrait ainsi moins attrayante, car à la fois plus coûteuse et polluante. Plus précisément, d’ici 2035, 70 % des bus et des taxis devront être électriques, et jusqu’à 100 % d’entre eux d’ici 2050. 

2) Transformer progressivement le parc national des véhicules à combustibles fossiles (pétrole) en un parc automobile à émissions nulles, et promouvoir le modèle économique des voitures partagées autonomes. D’ici 2035, 25 % du parc automobile devra être électrique et un vaste réseau de recharge électrique sera mis en place dans tout le pays.

3) Réduire l’impact environnemental du transport de marchandises dans le pays, grâce à des technologies avancées en matière d’efficacité énergétique et des véhicules à faibles émissions de carbone.

4) Consolider un système électrique national capable de fournir des énergies renouvelables à un coût plus attractif pour les utilisateurs. D’ici 2050, l’énergie électrique devra ainsi être la principale source d’énergie pour les secteurs du transport, du logement, du commerce et de l’industrie. 

5) Développer la construction de bâtiments à faibles émissions de carbone, intégrant l’utilisation d’énergies renouvelables dans les processus de chauffage et d’eau chaude.  

6) Moderniser le secteur industriel en appliquant des processus électriques, durables et plus efficaces. Concrètement, d’ici 2030, le Costa Rica prévoit le développement d’une stratégie globale visant à atténuer l’impact environnemental des produits finis depuis l’étape de leur conception, en passant par leur distribution, jusqu’à leur fin de vie.

7) Développer un système intégré de gestion des déchets basé sur le tri, la réutilisation et l’élimination des déchets à faibles émissions de carbone. Par exemple, d’ici 2022, le pays sud-américain ambitionne de développer de nouvelles solutions technologiques afin de réduire les émissions de méthane, produites par l’élimination des déchets organiques.

8) Soutenir l’adoption de technologies efficaces et à faibles émissions de carbone dans le secteur agroalimentaire. Par exemple, les émissions générées par le transport de marchandises alimentaires devront avoir chuté de 20 % entre 2018 et 2050.

9) Consolider les modèles d’agriculture et d’élevage du bétail basés sur l’efficacité productive et la réduction des gaz à effet de serre. D’ici 2050, les producteurs nationaux auront ainsi adopté les technologies les plus avancées conformément aux normes de durabilité, de compétitivité et de réduction des émissions. 

10) Consolider un modèle de gestion des territoires ruraux, urbains et côtiers axé sur la protection de la biodiversité, l’augmentation et le maintien de la couverture forestière. 
 

Laboratoire mondial de la décarbonation

D’ici la prochaine conférence mondiale sur le changement climatique en 2020, le Costa Rica espère ainsi devenir un véritable « laboratoire mondial de la décarbonation ». Le président Carlos Alvarado veut montrer l’exemple : « Notre pays est petit mais il est audacieux. La décarbonation est la plus grande tâche de notre génération et nous voulons être le premier pays à y parvenir. » « Ce n’est pas une mode, c’est une nécessité », a-t-il martelé. Pour ce pays réputé pour son écotourisme et sa biodiversité remarquable, il s’agit d’agir vite pour limiter les effets du réchauffement climatique. Parmi les prochains chantiers, des mesures concrètes sont attendues concernant l’agriculture durable du pays, qui connaît l’une des plus fortes concentrations en pesticides au monde.

CRÉDITS PHOTOS : Image principale @ GettyImages

  

 

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