Cette jeune designer recycle des coquilles d’huîtres en verre marin

Coquilles, arêtes, carapaces… Plutôt que de jeter ces déchets organiques marins, Lucile Viaud a décidé de les valoriser. Et a créé un nouveau matériau : le verre marin Glaz.

« Je défends l’idée que le déchet n’existe pas et que le rebut peut se révéler être une matière première de qualité pour créer de nouveaux matériaux. »

On entend souvent parler de la valorisation des déchets alimentaires, en particulier de celle des fruits et légumes. Moins connue, la transformation des rebuts de la pêche n’est pas à négliger. En effet, d’importantes quantités de déchets sont générées chaque année.
En 2017, sur les 171 millions de tonnes de produits aquatiques pêchés dans le monde, la moitié a été directement vendue aux consommateurs. L’autre moitié a subi des opérations de transformation ‒ éviscération, étêtage, filetage, pelage, décorticage, écorçage ‒, avant commercialisation.
Résultat : plus de 230 000 tonnes de déchets issus de la pêche sont générées chaque année dans le monde. Des déchets encore trop peu valorisés, précise l’Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer (FranceAgriMer), notamment les sous-produits de la production des fruits de mer, comme les coquilles d’huîtres, moules et palourdes.
La designer française Lucile Viaud a décidé de tirer parti des coquilles d’huîtres. Elle a trouvé le moyen de les transformer en verre marin. « Je défends l’idée que le déchet n’existe pas et que le rebut peut se révéler être une matière première de qualité pour créer de nouveaux matériaux », explique-t-elle dans son mémoire de fin d’études à l’École Boulle intitulé Le monde du silence.
 

Vaisselle marine

Tout commence en 2014. Dans le cadre de son projet de diplôme de design et métiers d’art, Lucile Viaud s’intéresse aux processus de valorisation des coproduits issus de la pêche. En partenariat avec l’IDmer, un centre de valorisation des déchets de la mer à Lorient, en Bretagne, elle met au point deux matériaux créés à partir de carapaces et de coquilles, du plâtre de mer et du verre marin opale, utilisés pour produire des bols.
Désireuse de pousser cette découverte, Lucile Viaud décide de lancer sa propre marque, « Ostraco ». Et crée une première collection de vaisselle en verre marin Glaz (du vieux breton « glas », bleu-vert). La fabrication se fait avec la collaboration de plusieurs pêcheurs, en Bretagne, chargés de collecter les coquilles d’huîtres vides, de les trier, de les nettoyer et de les réduire en poudre.
Cette poudre est ensuite utilisée à Arcueil, en région parisienne, à l’atelier Silicybine, spécialisé dans le travail du verre à chaud, où elle est soufflée pour être transformée en vaisselle en tout genre. Bols, assiettes, verres ou plateaux, ces objets sont colorés de nuances marines.
Dévoilée au public en mars 2017, cette première collection en verre marin Glaz a reçu en décembre 2018 l’Étoile du développement durable décernée par l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI), en partenariat avec l’ADEME. « En développant ce projet, je souhaite montrer que le designer a son rôle à jouer dans la préservation des ressources, dans la valorisation du patrimoine et des savoir-faire du territoire », explique Lucile Viaud dans son mémoire.
La prochaine étape pour la jeune femme : exporter sa démarche dans d’autres régions françaises (marines ou non), afin d’encourager la valorisation des ressources locales.
  
 

Image principale: Getty Images

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