Ce gilet accueille tout un potager

Publié le 05 novembre 2020

Et si nous pouvions faire pousser notre nourriture directement sur notre dos ? « Posthuman Habitats » est un projet conçu comme le premier système alimentaire personnel à porter sur soi. Explications.

Chou, roquette, brocoli, pois, champignons, fraises, plantes aromatiques… Quarante micro-légumes différents fournissent 9 kg de récoltes en quelques semaines.

La première ferme potagère à porter sur soi : c’est le projet fou d’Aroussiak Gabrielian, professeur d’architecture paysagère à l’université de Californie du Sud, qui a créé un prototype de vêtement sur lequel on peut cultiver une variété de produits frais, à l’aide d’engrais fournis par nos propres déchets humains. Fabriqué à partir de feutre rétenteur d’humidité dans lequel des graines sont plantées, ce vêtement accueille tout un potager : chou, roquette, brocoli, pois, champignons, fraises, plantes aromatiques… Quarante micro-légumes différents fournissent 9 kg de récoltes en quelques semaines et contiennent jusqu’à quarante fois plus de nutriments que leurs homologues « macro ».

Le gilet intègre également un système qui utilise la sueur et l’urine du porteur (filtrées par osmose), ainsi que les déchets des insectes qui l’occupent, comme sources de nutriments.
Présenté à « Human (un)limited », une exposition hybride d’art et de technologie à Pékin fin 2019, ce projet de conception spéculative baptisé « PostHuman Habitats » met en scène une vision dystopique de l’avenir, dans laquelle nos sols seraient incultivables et où nous devrions retourner à un mode de vie migratoire pour fuir les inondations et autres fléaux climatiques.

À l’échelle du corps individuel

« PostHuman Habitats » entend ainsi sensibiliser à l’économie circulaire et à l’importance des écosystèmes pour notre alimentation. Il aborde le sujet de la sécurité alimentaire des humains, mais aussi de la vie en coopération avec les micro-organismes, les prédateurs et les pollinisateurs qui participent tous à la biodiversité et aux écosystèmes.

Concrètement, le poids du gilet et son humidité mettent le porteur « en contact très haptique (tactile, NDLR) avec la matière vivante du paysage », selon les mots d’Aroussiak Gabrielian. Pour l’artiste, c’est une façon de ramener la problématique de la crise environnementale à l’échelle du corps. Car si nous portons le poids de notre production alimentaire directement sur notre dos, le changement climatique n’est plus une notion large et vague… et nous prenons la question à un niveau plus personnel.