Bientôt des vêtements fabriqués en bouse de vache ?

Aux Pays-Bas, Jalila Essaïdi plaide pour l’utilisation de cette matière première. Une initiative doublement gagnante, tant pour réduire le fumier que pour lancer l’écoconception d’une nouvelle filière du textile respectueuse de l’environnement.

À partir de ces excréments de vaches valorisés, Jalila Essaïdi a mis au point un tout nouveau tissu écologique, le Mestic.

Quelque 76 millions de tonnes de bouse de vache sont produites chaque année aux Pays-Bas. Habituellement épandu pour servir d’engrais, le fumier, en trop grandes quantités, devient polluant pour les sols, l’air et l’eau, à cause de sa forte concentration en phosphates ‒ un sel minéral ‒ et en azote.

Depuis 2016, le gouvernement néerlandais a mis en place une réglementation stricte visant à limiter l’émission de ces phosphates issus des déchets organiques des vaches. Une bonne nouvelle pour l’environnement, mais un casse-tête pour de nombreuses exploitations agricoles qui n’arrivent plus à se débarrasser de leurs déchets.

On estime ainsi que 30 à 40 % de la production de fumier du pays est épandue chaque année de manière illégale dans la nature pour éviter les amendes. La solution ? Jalila Essaïdi, une bio-entrepreneuse néerlandaise, a une idée : valoriser les bouses de vaches pour en faire une nouvelle matière première. De la pure économie circulaire.

 

Du fumier valorisé en pulpe de cellulose

Grâce à un travail de recherche mené dans un laboratoire d’Eindhoven, cette spécialiste des matières alternatives naturelles s’est penchée sur la composition du fumier. L’entrepreneuse a découvert qu’en décomposant ce déchet, il était possible d’en extraire deux éléments : une fraction humide, issue de l’urine, et une fraction sèche, issue du solide.

Une fois isolés l’un de l’autre, ces deux éléments permettent de produire d’une part, un solvant, et d’autre part, de la pulpe de cellulose : une matière que l’on peut utiliser pour fabriquer du papier, du bioplastique, mais aussi des fibres textiles. C’est ainsi qu’à partir de ces excréments de vaches valorisés, Jalila Essaïdi a mis au point un tout nouveau tissu écologique, le Mestic (d’après « mest », « fumier » en néerlandais). Pour l’instant, douze prototypes de vêtements ont vu le jour grâce au fumier que l’entrepreneuse s’est procuré auprès des agriculteurs de sa région.

Qu’on se rassure, ces nouvelles robes et nouveaux ensembles ne dégagent aucune odeur nauséabonde ! Pour Jalila Essaïdi, le défi est bien de changer les mentalités. La bouse de vache ne doit plus seulement être considérée comme un déchet répugnant, mais bel et bien comme une ressource.

« Je suis sûre que dans quelques années, on considérera le fumier autrement et que les fermiers pourront le vendre et le monnayer au même titre que le lait », plaide la jeune femme qui planche désormais sur l’industrialisation de son procédé.

CREDIT PHOTOS : image principale ©Getty Images

 
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