Au Mexique, la biodiversité, ça se cultive

Pour encourager la préservation des semences ancestrales, le designer mexicain Fernando Laposse a créé Totomoxtle, un matériau de placage fabriqué avec des cosses de maïs anciens.

Le Totomoxtle sert notamment à fabriquer du mobilier, des objets tels que des lampes ou des vases, ou encore des panneaux muraux décoratifs.

Depuis un siècle, 75 % des variétés de plantes cultivées ont disparu selon un rapport publié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Une extinction qui menace l’avenir de notre alimentation, de notre santé et de notre environnement. La cause ? Un modèle agricole qui favorise l’uniformisation des cultures : sur les 6 000 espèces de plantes cultivées à des fins alimentaires, moins de 200 contribuent de manière significative à la production alimentaire mondiale. Et seulement neuf d’entre elles représentent 66 % de la production agricole mondiale.
Au Mexique, le designer Fernando Laposse est bien conscient de la raréfaction des espèces de plantes utilisées dans l’agriculture. Depuis 2013, il s’inspire des principes de l’économie circulaire pour faire renaître la biodiversité. Ses travaux sont axés sur la transformation de ressources naturelles souvent considérées comme des déchets, en objets de design. En 2016, il a créé un matériau de placage durable – baptisé Totomoxtle – fabriqué à partir de cosses colorées de maïs ancestraux du Mexique.
Pour ce projet, Fernando Laposse s’est associé au Centre international d’amélioration du maïs et du blé, ou CIMMYT, qui détient la plus grande collection de semences de maïs au monde. Il a également fait appel à la communauté de Tonahuixtla, un village d’agriculteurs mixtèques ‒ un peuple indigène de Mésoamérique ‒, dans l’État de Puebla au sud-ouest du Mexique. Ensemble, ils ont sélectionné des variétés anciennes de maïs, remarquables pour leurs couleurs : noir, pourpre, violet ou encore rose. Elles sont cultivées par les habitants de Tonahuixtla selon des techniques agricoles traditionnelles et respectueuses de l’environnement.
 

Biodiversité et emploi local

En plus de sensibiliser à la nécessité de préserver les semences traditionnelles, ce projet vise à créer des emplois locaux indispensables à la survie du village. En effet, avec l’introduction de maïs hybrides industriels, la demande d’espèces de maïs indigènes a dramatiquement baissé. « Les accords commerciaux internationaux, l’utilisation intensive d’herbicides et de pesticides et l’afflux de semences étrangères hautement modifiées ont décimé la pratique de la culture du maïs indigène dans l’ensemble du Mexique, car elle n’est tout simplement plus rentable », explique Fernando Laposse.
Après la récolte, les enveloppes de maïs naturellement colorées sont récupérées puis transformées par un groupe de femmes du village de Tonahuixtla. Elles sont aplaties et collées à la main sur des panneaux de fibres de bois pour les renforcer. Ceux-ci sont ensuite découpés au laser en une multitude de petites pièces à assembler de façon à former des dessins. 
Le Totomoxtle sert notamment à fabriquer du mobilier, des objets tels que des lampes, des vases ou encore des panneaux muraux décoratifs. Quant aux résidus de cosses de maïs qui n’ont pas été utilisés lors du processus de fabrication de Totomoxtle, ils sont compostés pour fertiliser à nouveau les sols dans lesquels pousse le maïs. Rien ne se perd.
 

CRÉDITS PHOTOS : © Fernando Laposse

 
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