Au Cameroun, on transforme l’huile de friture en détergent

L’entreprise Bellomar a mis au point un procédé de fabrication de détergent inédit à base d’huile de friture usagée. Elle diffuse sa méthode pour encourager le développement de savonneries locales.

Un détergent plus efficace pour nettoyer le linge et la vaisselle que la plupart de ceux vendus au Cameroun, et bien moins nocif pour la santé.

On savait que l’huile de friture usagée pouvait être transformée en biodiesel, voilà qu’elle peut également servir à fabriquer des détergents en poudre ! À l’origine de cette innovation, une entreprise camerounaise spécialisée dans la fabrication de produits d’entretien : Bellomar.

Son fondateur, Martial Gervais Oden Bella, en a eu l’idée lorsqu’il a réalisé que les restaurants et les grands hôtels de Douala – la ville où est implantée son entreprise – pouvaient chacun rejeter jusqu’à 30 litres d’huile de friture usagée par semaine.

Une quantité importante, d’autant plus problématique que l’huile de cuisson est un déchet très polluant. En effet, indissoluble dans l’eau, elle est toxique pour l’environnement tandis que, déversée dans le réseau d’assainissement, elle bouche les canalisations et réduit les capacités des usines de traitement.

Après plusieurs travaux de recherche et développement, Martial Gervais Oden Bella et ses équipes ont trouvé un moyen de valoriser ce déchet toxique : utiliser l’huile de friture comme composant pour fabriquer du détergent en poudre.

Mélangée à de l’huile de palmiste (à ne pas confondre avec l’huile de palme), de la soude et des additifs, le résultat obtenu est très probant. Non seulement le détergent est plus efficace pour nettoyer le linge et la vaisselle que la plupart de ceux vendus au Cameroun, mais il est bien moins nocif pour la santé.

 

Matière première gratuite

Cerise sur le gâteau : utiliser l’huile de friture usagée – une matière première gratuite – permet à Bellomar de réduire le coût de production de son détergent. L’entreprise peut ainsi proposer son produit à un prix presque deux fois moins cher que celui du marché.

Un argument dont l’entreprise se sert pour convaincre ses clients des bienfaits de l’économie circulaire et les inciter à valoriser leurs déchets.

Soucieuse de partager son savoir-faire, Bellomar a par ailleurs diffusé sa méthode de fabrication. Martial Gervais Oden Bella y voit un moyen pour les populations les plus défavorisées de fabriquer ce produit d’hygiène auquel elles n’ont pas toujours accès, et pour les plus ambitieux, l’opportunité de créer leur propre savonnerie.

Avec son détergent à l’huile de friture, Bellomar a donc fait d’une pierre trois coups : préserver l’environnement tout en développant l’accès à l’hygiène et l’économie locale.

Dans ce même esprit de partage, l’entreprise a d’ailleurs lancé en janvier 2018 sa plateforme d’e-learning sur laquelle elle diffuse des cours en ligne sur la fabrication des produits d’hygiène et d’entretien et sur la valorisation des déchets. L’économie circulaire a de beaux jours devant elle en Afrique !

Crédits : Image principale ©Getty Images

 

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