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1 000 km à vélo et 40 solutions d’économie circulaire

Stéphanie Talevis et Pierre Georgin, deux jeunes Parisiens de la start-up Circul’R, ont bouclé leur périple autour de la Méditerranée, de Marseille à Athènes, à la découverte de solutions d’économie circulaire. Retour d’expérience.

« Il y a une prise de conscience de la nécessité de passer à une économie circulaire. »

Souvenez-vous : en juillet 2018, nous avions rencontré Stéphanie Talevis et Pierre Georgin. Ces deux Parisiens s’apprêtaient à partir pour un tour de la Méditerranée à vélo d’un mois, en quête de solutions d’économie circulaire. Une aventure personnelle étroitement liée à leur engagement professionnel chez Circul’R, une start-up qui fédère un réseau international d’entrepreneurs de l’économie circulaire. Nous les avons retrouvés à leur retour à Paris. Ils nous racontent leur périple, riche en rencontres et en apprentissages.

Dans leur bureau du Xe arrondissement, ils nous rappellent le but initial de leur voyage : « La mer Méditerranée est l’une des plus polluées au monde. Quand on regarde les chiffres, on se rend compte que 80 % des déchets proviennent de la terre ferme. Il faut donc remonter en amont pour éviter la production de ces déchets et leur écoulement dans la mer. On a voulu rencontrer des business models et des initiatives locales qui agissent justement en ce sens, dans une logique d’économie circulaire. »

Au total, les deux cyclistes engagés ont pédalé plus de 1 000 km de Marseille à Athènes, en passant par la Corse et l’Italie. Ils ont visité 40 initiatives portées par des associations, des entreprises, ou encore des collectivités locales. Autant de rencontres qui leur ont permis de mieux comprendre les enjeux de l’économie circulaire dans cette partie du bassin méditerranéen.

 

« Il y a urgence »

Leur premier constat est sans appel : il y a urgence. À l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer, ils ont rencontré Maria-Luiza Pedrotti. Cette chercheuse au CNRS – initialement spécialisée dans l’étude du plancton – traque les traces de plastique dans la Méditerranée depuis plusieurs années. Résultat : le plastique est présent dans 100 % de la Méditerranée. Plus grave encore, entre le Cap Corse et l’île d’Elbe, la densité de plastique est déjà plus importante que celle du plancton. « On entend beaucoup dire qu’en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans la mer, mais c’est déjà le cas dans au moins un coin de la Méditerranée », souligne Pierre.

Même constat à Marseille avec Palana Environnement, une association qui collecte et valorise les déchets marins. « Ils nous ont raconté que les petits pêcheurs pouvaient récupérer jusqu’à 10 kg de plastique par jour dans leurs filets. Et pour les plus gros chalutiers, ça peut aller jusqu’à 2 tonnes quotidiennes », détaille Stéphanie.

 

« Tendre vers les 80 % de déchets triés »

Malgré tout, les deux cyclistes restent optimistes. « On est allés voir beaucoup d’initiatives qui permettent de gérer les déchets au niveau local et on s’est rendu compte qu’il était vraiment possible de tendre vers les 80 % de déchets triés. En Corse, le village de Girolata et deux communes de l’agglomération de Calvi y arrivent. Idem pour la ville de Capannori en Italie. »

De leur passage dans ces communes, Stéphanie et Pierre ont tiré trois facteurs clés de succès pour parvenir à ces 80 % de tri :

  • La collecte au porte-à-porte, ce qui signifie, pour les habitants, de simplement sortir la poubelle devant chez eux ; ceci va à l’encontre du principe des points d’apport volontaires (traditionnellement utilisés pour le verre notamment).

  • La séparation des biodéchets (d’origine végétale ou animale) à la source, dans les foyers.

  • La tarification incitative : indexer la taxe sur les déchets au poids des poubelles est un très bon moyen d’inciter au tri. Moins le volume de la poubelle est important, moins la taxe est élevée.

À Capannori, Stéphanie et Pierre ont visité le Centre de recherche zéro déchet. En analysant les 20 % de déchets restant dans les poubelles des habitants, les citoyens engagés dans ce projet ont réalisé qu’il s’agissait principalement de produits comportant des erreurs de conception. Cela les rend donc non valorisables une fois arrivés au stade de déchet : capsules de café, couches, rasoirs, mégots, etc. À partir de là, il y a deux possibilités : tendre vers leur interdiction ou bien imaginer la conception de produits alternatifs valorisables.

« Le Centre nous a expliqué qu’il appelait les industriels pour les informer du problème et tenter de trouver des solutions. C’est comme ça que Lavazza, une grosse entreprise italienne de production de café, a créé des capsules biodégradables ! »

 

« Tout le monde doit prendre sa part »

De ce mois passé sur la route, Stéphanie et Pierre sont rentrés enthousiastes. « Les niveaux de maturité ne sont pas encore égaux entre les pays, mais globalement, il y a une vraie prise de conscience de la nécessité de passer à une économie circulaire. En France, le sujet est à l’agenda politique et de plus en plus d’entreprises privées nous sollicitent également sur la question. »

Ils tempèrent cependant : il faut agir maintenant. Tout est à revoir. Il y a une nécessité de changer nos modes de vie, de revoir nos manières de produire et de consommer. Le chemin ne sera pas forcément aisé, mais l’économie circulaire peut véritablement être génératrice de bénéfices pour l’environnement, pour l’économie et la société. Sur ce dernier point, Stéphanie précise : « Le principe même de l’économie circulaire est de fonctionner en boucle courte locale. Faire du réemploi, de la réutilisation, collecter les déchets – on l’a vu –, ça crée des liens sociaux forts entre les personnes qui se connectent, qui échangent et qui sont fières de contribuer à générer un impact positif sur la planète. »

« S’il y a bien un message à faire passer, conclut Pierre, c’est que tout le monde doit prendre sa part de responsabilité. Que ce soit le citoyen à travers son geste de tri, les industriels qui doivent créer des produits valorisables, ou encore les institutions publiques qui peuvent instaurer des systèmes de gestion de déchets sobres et performants. »

***

Le Club Circul’R fait sa rentrée ! Un lieu d’échange entre les grandes entreprises et les start-up pour partager les bonnes pratiques autour de l’économie circulaire. L’événement du 11 octobre sera dédié aux stratégies de réduction du plastique dans l’industrie. Pour vous inscrire ou obtenir plus d’informations : stephanie.talevis@circul-r.com ou pierre.georgin@circul-r.com.

 


 

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