Les eaux usées recyclées, une solution d’avenir pour irriguer les vignes ?

À Gruissan, dans le sud de la France, on teste l’utilisation des eaux usées traitées pour la micro-irrigation des vignes. Les premiers résultats sont très positifs.

La qualité du vin est plus sensible aux effets millésime qu’au type d’eau d’irrigation.

Depuis 2010, la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation des cultures est autorisée en France, ce qui a permis à plusieurs expérimentations de voir le jour. C’est le cas du projet Irri-Alt’Eau mené à Gruissan, dans le département de l’Aude (sud de la France), où l’on étudie l’utilisation des eaux usées traitées pour la micro-irrigation des vignes.
Ce programme de recherche collaboratif rassemble plusieurs partenaires : Veolia, qui coordonne le projet, la PME Aquadoc, spécialiste des systèmes d’irrigation, la cave coopérative de Gruissan, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) avec l’unité expérimentale de Pech Rouge et le Laboratoire de biotechnologie de l’environnement de Narbonne, et la communauté d’agglomération du Grand Narbonne.
Dans un contexte de disponibilité moindre de la ressource en eau, notamment liée à la multiplication des épisodes de sécheresse dans la région, le projet Irri-Alt’Eau vise à « développer une pratique raisonnée, durable et économiquement viable de l’irrigation en goutte à goutte de la vigne avec des eaux recyclées provenant d’une ressource alternative : les stations d’épuration ».
Pour ce faire, les eaux traitées dans la station d’épuration de Narbonne-Plage reçoivent un traitement complémentaire appelé tertiaire, grâce à un système épuratoire mis au point par Veolia, afin de garantir la qualité requise. En effet, la réglementation définit quatre niveaux de qualité sanitaire des eaux usées traitées  – eau potable, eau de qualité B, eau de qualité C et eaux de surface – qui déterminent leur utilisation. Le traitement tertiaire permet de produire une eau de qualité B et C, autorisée pour l’irrigation des vignes. Entre 2014 et 2016, une première expérimentation conduite sur 1,5 hectare de vignes a montré qu’il n’y avait pas de différence dans le sol, la nappe phréatique, la plante et la composition de la récolte et du vin entre les vignes irriguées avec des eaux recyclées et celles irriguées avec de l’eau potable. La qualité du vin est en effet plus sensible aux effets millésime – c’est-à-dire aux conditions météorologiques de l’année de récolte des raisins – qu’au type d’eau d’irrigation. Par ailleurs, outre les bénéfices environnementaux, la réutilisation des eaux usées pour l’irrigation présente plusieurs avantages pour la production et la qualité du raisin grâce notamment à leur teneur en nutriments essentiels pour les cultures qui pourrait, selon les recherches et essais menés, permettre de réduire les besoins en engrais chimiques.
 

Maîtriser la salinité des eaux

Le projet se poursuit aujourd’hui sur une surface plus importante et les essais visent à répondre à deux questions majeures : la valeur ajoutée des eaux recyclées, grâce à leur teneur en nutriments pour les cultures d’une part, et la maîtrise de la salinité des eaux saumâtres d’autre part.
Comme le soulignent les auteurs d’un article paru sur The Conversation, plusieurs études sur le recyclage des eaux usées pour l’irrigation en viticulture effectuées dans différentes parties du monde ont mis en évidence les avantages de ce procédé sur la production et la qualité du raisin.
L’eau recyclée possède toutefois une teneur en sels et une charge nutritive plus élevées que les eaux potable ou de surface. Il faudra donc mesurer et maîtriser la salinité pour éviter des problèmes de dégradation du sol sur le long terme.
 

Sensibiliser les consommateurs

Autre défi à relever : la réticence de certains professionnels et des consommateurs face à la réutilisation des eaux usées pour la production de vin. Il sera donc nécessaire de mener des campagnes de sensibilisation et de communication à destination de ces derniers. Ainsi, le projet Irri-Alt’Eau a aussi pour objectif d’« apporter des arguments pour rendre cette pratique acceptable par le grand public ».
Si la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation des cultures est encore peu développée en France, elle est préconisée par l’Organisation mondiale de la Santé depuis 1989, et menée par plusieurs pays précurseurs, dont Israël, l’Australie et les États-Unis, pour faire face à la pénurie d’eau. Le projet Irri-Alt’Eau et, plus récemment, l’expérimentation SmartFertiReuse portant sur l’irrigation des grandes cultures par aspersion lancée en 2018 par Veolia et ses partenaires inaugurent une nouvelle ère pour le recyclage des eaux usées dans l’agriculture.

© Getty Images

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