La ville du futur dopée aux super-pouvoirs du champignon

La start-up indonésienne Mycotech fait pousser des matériaux de construction à base de mycélium pour une ville plus durable.

La production de matériaux de construction à base de mycélium permet de valoriser les déchets agricoles et représente un nouveau débouché pour les producteurs locaux.

L’Indonésie est l’un des pays les plus peuplés au monde. Sa capitale, Jakarta, qui forme avec les villes de Bogor, Depok, Tangerang et Bekasi la mégalopole de Jabodetabek, est la plus grande agglomération urbaine de l’Asie du Sud-est. En 2020, sa population devrait atteindre 35 millions d’habitants !
Cette explosion démographique s’accompagne d’une forte demande en logements, espaces de travail et de loisirs, et donc de matériaux de construction. Des matériaux de construction dont on connaît l’impact négatif sur l’environnement, notamment parce que leur production nécessite l’extraction de grandes quantités de ressources naturelles.
Et si on pouvait « cultiver » les matériaux de construction de demain ? C’est l’idée de la start-up indonésienne Mycotech, qui tire parti de l’incroyable pouvoir du mycélium – l’appareil végétatif des champignons, couramment dénommé « le blanc des champignons » – pour faire pousser des panneaux de construction de 30 x 30 cm.
Pour fabriquer cet étonnant matériau, appelé BIOBO, on injecte le mycélium dans un substrat stérilisé (composé de déchets et sous-produits organiques d’origine agricole, collectés auprès des producteurs locaux). On place ensuite le mélange dans un moule, à l’intérieur d’une pièce obscure.
Le mycélium va alors se développer. Il reproduit ce qu’il fait dans la nature, c’est-à-dire qu’il se nourrit des déchets pour créer un réseau dense de minuscules filaments enchevêtrés à l’intérieur et autour du substrat, remplissant ainsi tout l’espace disponible. Au bout de quelques jours, on obtient un matériau solide et compact. Reste à le démouler, à le laisser reposer encore un peu pour qu’il se densifie davantage, puis à le sécher afin de stopper la croissance du mycélium.
 

Bonjour Mycotecture !

Ce procédé présente de nombreux avantages. En premier lieu, la pression sur les ressources naturelles est moindre. Pas de surexploitation du sable ou des forêts. En outre, le matériau peut être cultivé localement, ce qui permet d’éviter son transport. Enfin, sa culture nécessite peu d’apports en énergie et en eau.
Le processus de fabrication n’émet pas d’émissions de gaz à effet de serre. D’ailleurs, le mycélium, qui joue un rôle majeur dans le cycle du carbone, absorbe les éléments carbonés. Il ne génère pas non plus de déchets, au contraire, puisque la production de matériaux de construction à base de mycélium permet de valoriser les déchets agricoles et représente un nouveau débouché pour les producteurs locaux, leur offrant la possibilité de générer un revenu complémentaire.
À ce titre, Mycotech travaille avec plusieurs agriculteurs indonésiens, qui lui fournissent plus de trois tonnes de déchets par mois. Enfin, lorsque le biomatériau arrive en fin de vie, il peut être composté.
Tous ces avantages expliquent le succès grandissant des solutions à base de champignons, développées par des chercheurs et entrepreneurs ces dernières années dans le domaine de la construction. On appelle cela la « Mycotecture », et cela pourrait bien permettre de faire pousser les meubles et les maisons de demain comme des champignons !

Image principale ©Getty Image

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