Des avions qui carburent aux vêtements recyclés ?

Les premiers avions alimentés au bioéthanol fabriqué à partir de vêtements usagés pourraient décoller dès 2020. Un projet mené par Jeplan, Japan Airlines et le Green Earth Institute de Tokyo.

Dans le film Retour vers le futur 2, la DeLorean, la machine à voyager dans le temps de Doc Brown, roule grâce aux détritus. Michihiko Iwamoto, le fondateur de Japan Environmental Planning (Jeplan), en est convaincu : les déchets feront rouler les voitures du futur ! En 2015, il s’est d’ailleurs offert une réplique de la DeLorean pour faire la promotion de sa technologie au Japon.
L’entreprise nippone a mis au point un procédé permettant de produire du bioéthanol à partir de vêtements usagés. Et en attendant que les voitures du pays du Soleil-Levant roulent à la fibre de coton, Jeplan envisage de faire voler des avions ! Très intéressée par ce biocarburant étonnant, Japan Airlines, la compagnie aérienne nationale japonaise, souhaite le mélanger au carburant d’origine fossile. Une initiative prometteuse au vu de la croissance du trafic aérien.
Selon l’Association du transport aérien international (IATA), le nombre de passagers va presque doubler d’ici 2036, atteignant 7,8 milliards de voyageurs. Plus de passagers, c’est plus de kérosène, et bien sûr, une empreinte environnementale plus importante pour un secteur déjà très polluant. Face à ce constat, Japan Airlines et les autres compagnies aériennes se tournent de plus en plus vers les carburants d’origine végétale.
Néanmoins, ces carburants n’ont pas que des avantages, puisqu’ils entrent en concurrence avec l’agriculture à vocation alimentaire et contribuent à la déforestation. D’où l’apparition de biocarburants dits de deuxième génération, qui permettent d’exploiter l’éthanol cellulosique, et plus généralement les plantes non comestibles. Comme le coton, présent en grande quantité dans les tonnes de vêtements usagés que l’on jette chaque année.
 

Les vieux vêtements, un gisement inexploité

Au Japon, les vêtements usagés constituent un gisement encore inexploité. Seulement 10 % d’entre eux seraient recyclés, selon Jeplan. À travers son programme BRING, l’entreprise les collecte tout d’abord auprès de ses clients. Jeplan s’est par exemple associée à la marque Muji pour créer des centaines de points de collecte à travers le pays.
Après avoir été triés, les vêtements sont acheminés vers une usine de recyclage située à Imabari, dans la préfecture d’Ehime. Les fibres de coton sont dégradées par des enzymes et transformées en glucose. Ce sucre est lui-même converti en bioéthanol par fermentation, qui peut dès lors être mélangé à l’essence.
Cent tonnes de fibres textiles permettent de produire 10 000 litres de carburant. Certes, cela ne va pas faire voler beaucoup d’avions (ils consomment en moyenne 15 000 litres de carburant… par heure). Même en utilisant tout le coton consommé annuellement au Japon, cette méthode ne répondrait pas à 1 % de la consommation en kérosène de toutes les compagnies de l’archipel. Mais c’est un début encourageant, d’autant que Japan Airlines s’intéresse aussi à d’autres matériaux comme les fibres de papier.
La compagnie a affirmé qu’elle comptait commencer des vols d’essai, avec des avions utilisant un mélange de carburant conventionnel et de biocarburant fabriqué à partir de fibres de coton, dès 2020. Une usine pourrait être construite en 2030.

Image principale ©Getty Images

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