Comment recycler les pales des éoliennes ?

Fabriquées en fibre de verre ou en fibre de carbone, les pales d’éoliennes sont aujourd’hui extrêmement difficiles à recycler. En Allemagne, Veolia travaille activement à trouver des solutions pour leur donner une seconde vie.

On attend jusqu’à 50 000 tonnes de pales d’éoliennes dans les déchetteries d’ici 2020.

L’éolien est un secteur en plein boom depuis les années 2000. Personne ne s’étonne aujourd’hui de voir ces immenses moulins à vent tourner à plein régime dans les campagnes ou au large des côtes. Une excellente nouvelle pour la production d’énergie propre et renouvelable. Mais peut-être un peu moins quand il s’agit de les recycler.

Les éoliennes ont une durée de vie estimée entre vingt et trente ans. Alors que la première génération – celles installées dans les années 1980 – arrive en fin de vie, se pose la question de leur valorisation. Or, les premiers démantèlements ont révélé une complication inattendue : la conception des éoliennes n’est pas toujours écologique.

Les pales en particulier posent problème. Elles sont fabriquées avec des fibres de verre (pour les plus anciennes) ou des fibres de carbone (pour les plus récentes). Ces matériaux composites ont l’avantage de rendre les pales à la fois légères et résistantes, mais s’avèrent difficiles, voire impossibles à recycler. Résultat : on attend jusqu’à 50 000 tonnes de pales d’éoliennes dans les déchetteries d’ici 2020. Il y a donc un réel enjeu à trouver des solutions pour leur donner une seconde vie.

 

Scie à pales

C’est justement ce à quoi travaille Veolia en Allemagne. Troisième producteur mondial d’énergie éolienne, l’Allemagne a une multitude de « moulins à vent » à remplacer et recherche activement des moyens efficaces pour recycler ceux qui sont arrivés au stade de déchet.

Le démantèlement d’une éolienne n’est pas une tâche aisée. Traditionnellement, elle est séparée en gros morceaux : le mât, les pales (au nombre de trois en général) et le socle en béton. Chaque pièce est soit très lourde, soit très longue (plusieurs dizaines de mètres). Il faut donc des véhicules très volumineux – et très polluants – pour les transporter jusqu’à un centre de traitement. Imaginez la taille du convoi nécessaire au transport de rotors qui mesurent 17 m de diamètre pour les éoliennes installées dans les années 1980, 160 m pour celles qui sont fabriquées aujourd’hui, et même 250 m pour celles qui seront mises en service demain ! Mission quasiment impossible ! Or, il faudra bien traiter les centaines de milliers de rotors installés dans le monde qui arrivent en fin de vie. Fin 2016, selon le Global Wind Energy Council, il y avait ainsi 341 000 éoliennes qui tournaient dans le monde. Avec le développement accéléré de l’énergie éolienne, ce chiffre va considérablement augmenter dans les prochaines décennies. C’est pourquoi Veolia a mis au point une gigantesque scie à pales d’éoliennes qui permet de les découper en petits morceaux directement sur place, rendant leur transport plus facile et moins polluant.

 

Une solution innovante a également été mise au point pour recycler les pales fabriquées avec des fibres de verre. Broyées et mélangées à d’autres composants, elles deviennent un excellent combustible solide dans l’industrie du ciment, remplaçant les carburants fossiles traditionnellement utilisés, comme le mazout.

 

La fibre de carbone résiste

Le recyclage des pales en fibre de carbone est une autre affaire. D’une manière générale, du fait de sa solidité et de sa légèreté, la fibre de carbone est un matériau d’avenir. Elle occupe d’ailleurs une place de choix dans les industries automobile, aéronautique ou encore sportive.

Reste qu’il n’existe pour l’instant aucun procédé de valorisation pour les produits à base de fibre de carbone arrivés en fin de vie. Pour le recyclage des éoliennes, Veolia étudie actuellement différentes solutions comme la pyrolyse (un procédé thermique déjà testé en aéronautique) ou encore la solvolyse. Ce procédé s’avèrerait prometteur afin de pouvoir recycler à la fois la fibre et la résine polymère, mais il n’existe aucune usine capable de le mettre en œuvre en Allemagne. Les experts de Veolia espèrent trouver une solution viable dans les années à venir.

C’est en tout cas indispensable, au vu du développement exponentiel de l’éolien et de la nécessité de remplacer de nombreux « moulins à vent » dans les années à venir. Et si les moyens mis au point dans l’éolien pouvaient ouvrir la voie au recyclage de tous les matériaux en fibre de carbone ?
 

CRÉDITS PHOTO : Image principale ©Getty Images

 
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