Ma bouteille s’appelle reviens : le retour de la consigne

Posted on 18 juin 2020.

Qui se souvient qu’autrefois, on rapportait nos bouteilles en verre au magasin contre une pièce de monnaie ? Ludique et responsable, la consigne revient à la mode. La preuve par l’exemple.

Au niveau local, ça bouillonne et c’est par là que ça marchera

Si nos voisins d’outre-Rhin ont encore l’habitude de la consigne du verre, c’est, dans l’Hexagone, « un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » : la pratique s’est perdue dans les années 1980. Pourtant, à travers différentes initiatives locales, elle remontre le bout de son nez pour satisfaire des consommateurs plus sensibles à la consommation responsable : l’enjeu du zéro déchet, l’engouement pour le vrac et les circuits courts participent tous au retour en grâce de la consigne. « Personne ne prend le risque de relancer au niveau national un projet pilote d’envergure. Mais au niveau local, ça bouillonne et c’est par là que ça marchera », confiait Gérard Bellet au journal Le Monde en mai 2019. Cet ancien contrôleur de gestion s’est tourné vers l’économie circulaire dès 2013 pour fonder Jean Bouteille, une solution clé en main pour les magasins qui souhaitent vendre en vrac des produits liquides.

En plus de fournir des huiles, du vinaigre, du vin ou de la lessive en vrac, et des équipements spécialisés, l’entreprise propose des contenants consignés : des bouteilles vides que l’on achète à la première visite du magasin, puis que l’on peut réutiliser plus de vingt fois, ce qui réduit le poids des déchets générés de 90 %. S’il ne s’en sert plus, le consommateur peut se faire racheter sa bouteille pour 1 € en magasin. Les bouteilles récupérées sont lavées pour être ensuite réinsérées dans le circuit.

Née à Lille, l’entreprise Jean Bouteille rassemble aujourd’hui 21 salariés et 600 magasins participants en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne.

 

Capital sympathie

Mais le succès de la consigne n’est pas qu’une curiosité locale. Ludique et un brin nostalgique, elle peut compter sur un certain capital sympathie dans tous les territoires : selon une étude menée par l’ADEME en 2018, 88 % des consommateurs français y sont favorables. J’aime mes bouteilles dans le Jura, Ma bouteille s’appelle reviens dans la Drôme, Bout’ à Bout’ dans les Pays de la Loire, RECONCIL à Paris, La Consignerie à Lille… Un peu partout, localement, des initiatives font le lien entre des petits brasseurs locaux et des consommateurs de plus en plus sensibles et exigeants.

Il faut dire que la réutilisation des bouteilles a tout pour plaire : comparée au recyclage du verre ‒ très énergivore car les bouteilles doivent être fondues à 1 500 °C pendant de nombreuses heures ‒, elle permet d’économiser jusqu’à 75 % d’énergie. Avec une cinquantaine de cycles de remplissage, elle répond à des valeurs de réduction des déchets, mais aussi à une économie réelle pour le fabricant ‒ quelques centimes par bouteille réutilisée, en comparaison d’une bouteille neuve. Il n’en faut pas plus à ces entrepreneurs pour braver les derniers freins : avec leurs bouteilles plus résistantes au lavage et leurs étiquettes hydrosolubles, les aficionados de la consigne réveillent les carnets de commandes des laveuses industrielles longtemps délaissées.