L’économie circulaire monte sur scène

Publié le 04 février 2021

Le spectacle vivant n’échappe pas aux enjeux de l’économie circulaire et de la maîtrise des ressources. En France, plusieurs festivals, théâtres et opéras ont choisi la voie de l’écoconception et du réemploi de leurs décors.

« L’état d’esprit a beaucoup changé. Il est excessif de dire qu’il y a un consensus absolu, mais le milieu s’est responsabilisé. »

L’écoconception s’invite sur la scène du spectacle vivant ! Une nouveauté pour un secteur qui avait pour habitude de fabriquer des décors nécessitant de nombreux matériaux pour des représentations par nature éphémères (pièces de théâtre, opéras, concerts, etc.), avant d’être jetés.

Aujourd’hui, place aux décors écologiques et réutilisables. Pionniers de ce virage écoresponsable, les organisateurs du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence ont amorcé cette transition dès 2012 en réalisant le bilan carbone de l’événement et en créant un poste de responsable du développement durable.

Véronique Fermé, en charge de cette mission au Festival d’Aix, détaille sa démarche : « On s’est rendu compte qu’on avait énormément de déchets de construction, de montage et de démontage et de destruction des décors, et que […] cela avait un impact peut-être plus important même que nos émissions de CO2 liées au transport. »

Plusieurs solutions ont alors été déployées pour réduire les quelque 45 tonnes de déchets générées chaque année par les décors du festival. « L’idée aujourd’hui, c’est de concevoir un décor ou une scénographie en fonction du désassemblage des pièces, de la recyclabilité et de la non-toxicité des matériaux », résume Véronique Fermé.

« Des tests sur du liège compressé (écologique, d’origine végétale) ont été réalisés avec succès pour remplacer l’emploi du polystyrène (polluant, issu de la pétrochimie), ce qui nous a permis de construire les décors de l’opéra Carmen de l’édition 2017, 100 % réutilisables et démontables », ajoute-t-elle.

Depuis, tous les autres spectacles le sont aussi. L’impact est aussi bénéfique pour le budget, avec « des coûts liés à la conception des décors et au traitement des déchets (qui) ont pu diminuer respectivement de 8 % et de 20 % ».

 

D’Aix à Paris via Lyon

Face à de tels arguments, d’autres organisations et établissements du spectacle vivant ont emboîté le pas du Festival d’Aix-en-Provence. « L’état d’esprit a beaucoup changé en sept ans, constatait en 2019 François Vienne, directeur adjoint du festival. Ce n’était pas un sujet à l’époque, et c’est devenu un axe de travail. […] Il est excessif de dire qu’il y a un consensus absolu, mais le milieu s’est responsabilisé. »

Depuis 2013, l’Opéra de Lyon travaille ainsi avec l’ADEME sur l’utilisation du carton pour la construction de ses décors et accessoires. Ce matériau recyclable a notamment été choisi pour fabriquer une base permanente sur laquelle viennent s’ajouter les éléments propres à chaque représentation. À Paris, le même principe a été repris par le Théâtre du Châtelet.

Ces nouvelles pratiques sont encouragées à l’échelle nationale. Suite à l’adoption de la loi sur la Transition écologique en 2015, le ministère de la Culture et de la Communication a fait de l’environnement un des trois piliers de sa stratégie de responsabilité sociale des organisations (RSO).

« Même si le processus s’accélère depuis deux ans, il y a encore un énorme travail de sensibilisation à mener dans le milieu culturel sur l’écofabrication, estimait en début d’année Sandrine Andréini, directrice de l’association La Réserve des arts, une plateforme d’échange et de réemploi de décors et de tissus. Il y a peu de politiques publiques sur le sujet, mais il y a heureusement une volonté, des capacités et des initiatives de plus en plus nombreuses dans le spectacle vivant pour réduire l’impact environnemental. »

D’autres réseaux spécialisés favorisent également l’échange et le réemploi de décors, comme la Ressourcerie du spectacle, l’Alternateur, ArtStocK ou encore la plateforme collaborative Récupscène, présentée comme « Le Bon Coin du spectacle vivant ». De quoi faire entrer pour de bon le secteur du spectacle vivant dans l’ère de l’économie circulaire.