Dave Hakkens vous apprend à recycler vous-même votre plastique

Grâce à ce jeune designer néerlandais, tout le monde peut fabriquer ses propres objets en plastique recyclé. C’est la promesse de son projet DIY (Do It Yourself) et open source Precious Plastic.

En plus d’être « DIY », la démarche de Dave Hakkens est open source et privilégie les circuits courts.

Pour les amateurs de design, le nom de Dave Hakkens n’est pas inconnu. En 2013, ce jeune designer néerlandais, alors âgé de 25 ans, avait fait parler de lui grâce à son Phonebloks, un smartphone modulaire conçu pour limiter les volumes de déchets électroniques.
 
Dans la foulée, Google et Motorola avaient annoncé le lancement d’un projet similaire, Ara, qui n’a pas abouti. Dave Hakkens, lui, a poursuivi ses expérimentations mêlant création et recyclage, et aujourd’hui, à 29 ans, il revient avec le projet Precious Plastic.
 

Un projet qui vient de loin. En 2010, Hakkens étudie à la Design Academy Eindhoven. « J’y fabriquais des objets qui avaient pour seul but d’être beaux et fonctionnels, raconte-t-il, son éternelle casquette vissée sur la tête. Puis j’ai commencé à regarder des documentaires sur les problèmes globaux de notre planète : la pollution, le gaspillage d’énergie ou de nourriture. »
 

Prise de conscience

L’un de ces documentaires, L’Histoire des choses, le marque tout particulièrement : « Cela parle de la façon dont on utilise les choses, comment on les reconditionne, mais aussi de ce qui se passe quand on les jette à la poubelle. Seulement 10 % de tout le plastique mondial est recyclé ! Le reste finit dans les océans, dans une décharge ou est brûlé.. Je me suis dit que c’était un sujet qui me semblait un peu plus important que le fait de fabriquer quelque chose d’exclusivement beau. »
 
En guise de projet de fin d’études, Dave Hakkens décide de créer Precious Plastic, une petite usine qui permet de recycler le plastique soi-même : un broyeur transforme les déchets plastiques en petits flocons, qui sont fondus puis reconditionnés dans des presses et des moules.
 
« Le premier objet que j’ai dû fabriquer, c’est une lampe ou quelque chose comme ça. Il fallait faire plaisir à mes professeurs ! », plaisante aujourd’hui le jeune Néerlandais. Cette lampe, c’est la version 1 de Precious Plastic.
 

Open source et circuits courts

Deuxième étape : en plus d’être « DIY » (Do It Yourself), la démarche de Dave Hakkens est open source et privilégie les circuits courts.
 
« La pollution plastique est immense, et surtout, elle se produit partout. Il faut donc recycler aux quatre coins du monde », souligne le designer, qui décide de mettre toutes ses notices en libre accès sur Internet « pour que n’importe qui puisse les télécharger gratuitement ». Des notices accompagnées de vidéos didactiques sur YouTube.

Aujourd’hui, plus de 200 personnes turbinent dans quelque 80 « workspaces » Precious Plastic, du Chili au Japon en passant par le Kenya et l’Ukraine. « Le plus important est de montrer comment ça marche. Ensuite, les gens peuvent faire ce qu’ils veulent avec » poursuit Dave Hakkens.

Et le designer d’ajouter : « Certains vont fabriquer des bijoux, des assiettes, des coques pour smartphones, d’autres des poutres pour installer des structures. Ça dépend de l’endroit où vous vous trouvez dans le monde et de vos besoins. Un Espagnol a fabriqué un filtre à eau : tu visses ça sur ta carafe et tu peux filtrer le chlore. J’aime beaucoup cette idée. »
 

Une communauté de 40 000 membres

 
Depuis quelques semaines, Dave Hakkens et Precious Plastic sont entrés dans la troisième étape du projet : celle de la communauté, estimée à 40 000 personnes. Une carte du monde interactive a été développée pour identifier les membres de cette communauté et les ateliers qui ont été créés partout dans le monde.
 
« Si vous êtes plusieurs dans la même ville à faire ça, comme dans une mégalopole comme Paris, cette carte permet de vous identifier et, peut-être, de collaborer », explique-t-il.
 
Le site Internet de Precious Plastic possède en outre une rubrique « Forum » où les « builders » peuvent échanger, ainsi qu’une place de marché, le « Bazar ». « Les gens peuvent y vendre et acheter les produits fabriqués, acheter des pièces pour fabriquer les machines, et même un conteneur si besoin. » 
 
Parmi les 40 000 personnes de la communauté Precious Plastic, certaines sont venues bénévolement d’Islande ou du Mexique jusqu’aux Pays-Bas pour aider Dave Hakkens à développer son concept. Une générosité qui ne semble pas l’étonner outre mesure : « Quand tu donnes beaucoup, les gens finissent par donner beaucoup à leur tour », philosophe le designer.

 

 

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AUTEUR 
Matthieu Rostac

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