Conférence 2C : « Ressources mieux gérées, l’enjeu déterminant de l’économie circulaire »

La promesse de l’économie circulaire est de créer plus de valeur avec moins de ressources.

Le 27 novembre 2018, la Fondation Veolia organisait la dernière conférence de l’année 2018 (et 14e du cycle 2C) à La REcyclerie. Destiné aux étudiants et au grand public, ce cycle annuel de quatre conférences a pour objectif de partager les grands principes et enjeux de l’économie circulaire.
Animées par le réseau de jeunes CliMates, les conférences font intervenir différents experts en fonction de leur thème. Dominique Bourg – philosophe, vice-président de la Fondation pour la Nature et l’Homme et parrain du cycle 2C – était notamment présent pour ce dernier événement. Au programme de la soirée, une question au cœur de l’économie circulaire : comment mieux gérer nos ressources ?

 

L’humanité vit à crédit

« Nous vivons à crédit », rappelle en introduction Dominique Bourg. C’est-à-dire que nous consommons plus de ressources naturelles que ce que la planète est capable de régénérer en un an. En 2018, le jour du dépassement – celui à partir duquel nous vivons à crédit – a eu lieu le 1er août et il ne cesse d’avancer dans le calendrier chaque année. « Si toute l’humanité vivait comme des Français, nous aurions besoin des ressources de trois planètes pour satisfaire les besoins de tout le monde. Et de cinq planètes si l’on se base sur le modèle américain ! » Plus encore que l’extraction de matière, ce mode de vie a aussi des conséquences désastreuses sur le réchauffement climatique et la disparition des espèces. Il y a donc urgence à revoir nos systèmes de production et de consommation.

Une chose est sûre : les ressources naturelles sont trop précieuses pour n’être utilisées qu’une seule fois. Or, aujourd’hui, on estime que plus de 75 % des déchets dans le monde ne sont pas valorisés. L’objectif ultime de l’économie circulaire est justement de réduire la consommation de ressources pour revenir à l’échelle d’une seule planète. « Do more with less », résume Amélie Rouvin, responsable de l’engagement Économie circulaire chez Veolia. « La promesse de l’économie circulaire est de créer plus de valeur partagée avec moins de ressources. »
Pour y parvenir, la coopération entre tous les acteurs est essentielle. C’est la condition sine qua non pour créer un modèle plus vertueux du point de vue des ressources, mais aussi pour créer de la valeur économique et sociale. Chaque acteur de la société civile a son rôle à jouer : les entreprises, les gouvernements, et bien sûr les citoyens.

 

Veolia, une illustration du rôle des entreprises

« En quelques années, nous avons vu notre métier se transformer. Initialement acteur de la valorisation des déchets, Veolia est devenu un producteur de matières premières recyclées. Notre rôle aujourd’hui est d’optimiser la gestion des ressources, qu’il s’agisse des déchets, de l’eau ou de l’énergie, et de créer des synergies entre ces trois activités », explique Amélie Rouvin. La philosophie de Veolia est aussi de nouer des partenariats avec des start-up, des entreprises, des associations, ou encore des collectivités locales.
Par exemple, un objectif national ambitieux a été fixé par le gouvernement français : 100 % de plastiques recyclés d’ici 2025. Veolia travaille avec de grandes entreprises – Danone, Unilever, Tetra Pak, etc. – pour les aider à atteindre ce but en augmentant le taux de matière recyclée dans leurs emballages en plastique. Amélie Rouvin précise : « L’enjeu est de trouver des débouchés compétitifs pour les matières recyclées qui coûtent encore cher par rapport aux matières vierges. Nous avons besoin que la demande progresse. Il y a tout un nouveau système économique à créer. » La rentabilité économique est en effet un élément clé pour le déploiement de l’économie circulaire à grande échelle.  
Autre exemple de collaboration : Veolia a noué un partenariat avec la start-up Eco-Mairie.fr. Celle-ci a mis au point une plateforme qui permet de donner une seconde vie aux objets habituellement mis en déchetterie : meubles, jouets, vêtements, outils de jardinage ou de bricolage, etc. La plateforme est personnalisable pour chaque collectivité et permet aux habitants, comme aux entreprises de l’économie sociale et solidaire, d’y référencer leurs stocks grâce à la géolocalisation pour faciliter les échanges entre voisins. Un outil très utile et favorisant le lien social, que Veolia peut être amené à inclure dans ses réponses aux appels d’offres auprès des collectivités.  

Le développement de l’économie circulaire passe aussi par l’investissement dans les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle. Cette dernière représente en effet une solution prometteuse pour améliorer la performance des installations, notamment dans la filière du tri des déchets (pas de recyclage sans tri !). Veolia a ainsi investi dans un robot – équipé d’une caméra optique, d’un bras articulé et d’un cerveau d’intelligence artificielle – capable d’effectuer plus de 3 000 gestes de tri. Il est actuellement en test dans un centre de tri à Amiens, sur l’application spécifique du contrôle des cartons.

 

Le cadre politique et réglementaire

Les gouvernements ont également leur rôle à jouer dans le déploiement de l’économie circulaire à grande échelle. Emmanuelle Moesch, de l’Institut national de l’économie circulaire, détaille leurs trois leviers d’action.
  1. La réglementation. L’Union européenne est en train de négocier les modalités d’interdiction des plastiques à usage unique (pailles, couverts, cotons-tiges, etc.). En France, la loi sur le gaspillage alimentaire oblige les grandes surfaces à avoir une convention avec des associations pour leur donner leurs invendus alimentaires plutôt que de les jeter. Le principe de la « responsabilité élargie des producteurs » rend également chaque entreprise présente dans l’Hexagone responsable de la fin de vie des produits qu’elle émet sur le marché.
  2. La fiscalité incitative. Les taxes et impôts peuvent orienter le marché. Ainsi en 2020, l’augmentation de la taxe sur l’enfouissement des déchets rendra plus intéressant financièrement le fait de recycler ou réutiliser ses produits plutôt que de les mettre en décharge.
  3. L’accompagnement est enfin un levier important. Par exemple, le programme national de synergies interentreprises développé par l’ADEME permet de faire se rencontrer les entreprises d’un même territoire pour créer des synergies et identifier des opportunités : échanger leurs flux de matières, mutualiser les transports, etc.
 

« Ça commence par moi », le pouvoir de l’action citoyenne

Pour terminer la conférence, Julien Vidal témoigne de son expérience de citoyen engagé. Après avoir vécu quatre ans en Colombie puis aux Philippines – une expérience qu’il décrit comme un sevrage de biens matériels –, Julien a été frappé par l’opulence de nos modes de vie français : les téléphones ou voitures neuves qu’on change tous les deux ans, les centaines d’objets qui prennent la poussière dans nos placards et nos greniers, les supermarchés qui génèrent des tonnes d’invendus faute d’écouler leurs stocks…
Il a profité de son retour à Paris pour se poser une question : et s’il y avait une autre manière de vivre ? Et si plutôt que de reprendre le train de vie moyen des Français, il essayait de questionner ses habitudes ?
Il a ainsi créé le projet « Ça commence par moi ». Un défi un peu fou, lancé à lui-même pendant un an. Le principe ? Mettre en place chaque jour une action qui soit une alternative écocitoyenne à nos actions habituelles : mettre un « Stop pub » sur sa boîte aux lettres, acheter des vêtements d’occasion, réparer son four plutôt que d’en acheter un nouveau, composter ses déchets organiques, etc.
Résultat : en un an, Julien a réussi à réduire son empreinte carbone à 2 tonnes de CO2 (quand la moyenne française est à 10 tonnes par habitant), à diviser par dix la taille de sa poubelle « sans être pour autant un fan du 0 déchet », comme il le précise, et à réduire drastiquement sa consommation d’eau.
« J’ai réalisé que tous ces comportements, que je pensais punitifs, restrictifs, compliqués, étaient en fait un cercle vertueux que l’on pouvait créer dans nos vies. Notre quotidien est pétri de petites habitudes. Si on les change de manière collective, on peut vraiment avoir un impact retentissant  ! », affirme Julien.
Un discours enthousiasmant qui fait écho aux propos de Dominique Bourg : « Une société ne peut pas être écologisée à l’encontre des citoyens. Il faut avoir de la solidarité, de l’information partagée, de la conscience. La démocratie ne se définit pas seulement par nos représentants officiels, mais aussi par chaque individu de la société. »
 

Pour en savoir plus sur Les conférences 2C :

https://fondation.veolia.com/fr/qui-sommes-nous/les-evenements-de-la-fondation/les-conferences-2c


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Les conférences 2C reprennent l’année prochaine, surveillez de près la programmation 2019 à La REcyclerie !

 

Image principale © Veolia

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