La Recyclerie

Conférence à La REcyclerie : « La ville, lieu de prédilection de l’économie circulaire »

La ville est le lieu par excellence où se concentrent les acteurs et les ressources, c’est donc un formidable laboratoire pour développer l’économie circulaire.

Les conférences 2C ont repris à La REcyclerie ! Organisées par la Fondation Veolia, elles ont pour but d’aider les jeunes à appréhender les grands enjeux de l’économie circulaire. La première conférence de la session 2017 était dédiée au thème de la ville, lieu idéal pour la mise en œuvre de ce nouveau modèle économique.

Les grands principes de l’économie circulaire

Notre économie actuelle est basée sur un système linéaire : extraire – produire – jeter. Ce système nous a conduits à une surconsommation des ressources naturelles. Résultat, nous sommes actuellement en situation de dette écologique.
C’est-à-dire que la vitesse à laquelle nous extrayons les ressources est plus élevée que la capacité de régénération de la planète.

Cette situation est préoccupante, car elle est liée à un autre enjeu majeur du xxie siècle : l’explosion démographique. En 2050, la population mondiale atteindra 9 milliards de personnes. Cela représente autant de besoins en eau, ressources naturelles et énergie.

Pour fournir suffisamment de ressources à l’ensemble de la population, il est donc nécessaire d’opérer un basculement vers un système plus vertueux : celui de l’économie circulaire. L’objectif ? Réduire la consommation des ressources naturelles et la découpler de la croissance économique. Comment ? En maximisant l’usage et l’utilisation que nous faisons des ressources. Cela passe, entre autres, par la restauration et la réutilisation des matières qui se trouvent dans nos déchets. Aujourd’hui, sur les 4 milliards de tonnes de déchets générés chaque année, seuls 25 % sont valorisés alors que 80 % sont exploitables. Contrairement au système linéaire, le cycle de l’économie circulaire est donc : extraire – produire – réutiliser.

L’économie circulaire se base sur 7 grands piliers :

- Le recyclage : réutiliser les matières premières issues des déchets, c’est le principe le plus connu de l’économie circulaire.
- Le réemploi : remettre dans le circuit économique le produit dans son état initial (en le revendant ou le donnant, par exemple).
- La réparation : réhabiliter les biens en panne.
- La réutilisation : réutiliser les composants d’un produit dans d’autres cycles de conception. Par exemple, Ségolène Royal a défendu une loi pour réutiliser les pièces détachées de seconde main dans la réparation des véhicules.
- L’économie de la fonctionnalité : acheter l’usage d’un produit plutôt que le produit en lui-même. Par exemple, Autolib vend le service de la mobilité plutôt que la voiture elle-même.
- L’écoconception : concevoir un produit en appréhendant tout son cycle de vie, de manière à pouvoir le recycler ou encore à réutiliser ses composants, une fois devenu obsolète.
- L’écologie industrielle et territoriale : mettre en réseau des acteurs sur un même territoire pour optimiser les échanges de flux et de matières entre eux.

Quels enjeux pour les villes ?

En 2050, 75 % de la population mondiale sera urbaine. Cela signifie une importante concentration d’acteurs et de gisements de matières premières sur un même territoire. La ville est donc le lieu idéal pour déployer l’économie circulaire, mettre les acteurs en réseaux et optimiser les flux.

De nombreuses villes se sont déjà engagées dans ce changement de paradigme. Par exemple, dans le Pas-de-Calais, le maire de Loos-en-Gohelle considère la ville comme un écosystème. Il écogère la commune en collaboration avec la population locale, via des circuits courts et des boucles d’économie circulaire.

La mairie de Paris a, quant à elle, organisé en 2015 les États généraux de l’économie circulaire, dont elle a tiré un livre blanc. Elle a ainsi été l’une des premières collectivités à mettre en place une demande publique durable et à inciter les acteurs à aller vers des projets qui font sens : réduction du gaspillage alimentaire, limitation des produits à usage unique, collaboration des citoyens et des entreprises, etc.

Enjeu majeur pour les villes : l’économie circulaire pourrait créer 200 000 emplois (non délocalisables) en 10 ans en France.

Le levier du cadre législatif et réglementaire

Aujourd’hui, il coûte toujours plus cher aux entreprises de recycler leurs déchets que de les enfouir. Pour accélérer le passage vers une économie circulaire, la réglementation est donc un levier incontournable qui permettrait de donner l’impulsion et de construire un cadre vertueux.

Cette réglementation pourrait agir à deux niveaux. Au niveau financier, en taxant les activités polluantes et en incitant à l’exemplarité. Au niveau collaboratif, en favorisant la coopération entre tous les acteurs d’un même territoire. Heureusement, elle évolue dans le bon sens et de nombreuses dispositions incitatives ont été prises ces dernières années.

En France, par exemple, la loi sur la transition énergétique a introduit des objectifs ambitieux à l’échelle des entreprises : mise en place de filières de responsabilité, tarification incitative pour la réduction des déchets, réduction de la TVA sur les biens conçus en accord avec les principes de l’économie circulaire, aide aux territoires pour provoquer les mutations et organiser des boucles locales, etc.

EQOSPHERE, la mise en réseau à l’échelle de la ville

EQOSPHERE est une start-up sociale pionnière créée en 2012, partenaire de Veolia. Son cœur d’activité est la réduction du gaspillage alimentaire en France. En effet, dans l’Hexagone, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, soit en moyenne 26 kg et 140 € par personne.

En quelques années, l’entreprise a réussi à créer un réseau entre de nombreux acteurs publics, privés et associatifs pour valoriser les déchets alimentaires contenus dans leurs poubelles. Un bel exemple d’économie circulaire à l’échelle des villes.

Concrètement, les équipes d’EQOSPHERE diagnostiquent le potentiel des ressources gaspillées par leurs clients et font des recommandations pour orienter leurs déchets dans les filières de réemploi ou de réutilisation les plus efficaces. L’objectif : ne jamais envoyer les produits vers des acteurs chez lesquels ils ne seraient pas utiles ou produiraient du gaspillage.

Pour Xavier Corval – fondateur d’EQOSPHERE ‒,  s’attaquer au problème du gaspillage alimentaire grâce à l’économie circulaire permet de répondre à deux enjeux :

- Un enjeu économique : la valorisation de tonnes de nourriture crée de la valeur.
- Un enjeu de solidarité : mettre en place des dispositifs anti-gaspillage, c’est permettre aux acteurs de l’économie solidaire d’éviter les pénuries. EQOSPHERE a ainsi permis de multiplier par deux le don alimentaire chez Auchan. Une amélioration remarquable lorsque l’on sait que 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France.

En conclusion, l’économie circulaire présente pour les villes un fort potentiel de performance économique, environnementale et sociale. Néanmoins, elle ne sera efficace que si elle est déployée à grande échelle. Pour stopper notre situation de dette écologique, le défi est de dépasser le cap de la massification. Cela implique un véritable changement de culture, de mentalité, mais surtout la collaboration de tous : entreprises, collectivités, associations, citoyens.

La prochaine conférence 2C aura lieu le 28 mars sur le thème « Comment l’économie circulaire s’inspire de la nature et est à son service ».

En savoir plus :

- Conférence à La REcyclerie : l’économie circulaire au service du développement économique des territoires

 

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