Des pneus verts à base de déchets de tomates et d’œufs

Chercheuses à l’université de l’Ohio, Katrina Cornish et Cindy Barrera ont remplacé le noir de carbone présent dans les pneus par des pelures de tomate et des coquilles d’œuf.


En se substituant partiellement au noir de carbone présent dans la gomme, les coquilles d’œuf et les pelures de tomate contribuent à fabriquer des pneus plus verts.


L’idée d’un pneu « vert » n’est pas nouvelle. Mais l’utilisation de déchets alimentaires ‒ au lieu de pétrole ‒ pour le fabriquer est inédite. C’est la découverte de deux chercheuses américaines du laboratoire de l’université Ohio State de Colombus, Katrina Cornish et Cindy Barrera. Les deux biochimistes ont développé une technologie en cours de brevet qui pourrait permettre de fabriquer un pneu plus vert et plus vertueux pour l’environnement. 

 Comment ? En remplaçant partiellement le noir de carbone présent dans la gomme, et qui représente 25 à 30 % de la composition d’un pneu, par des pelures de tomate et des coquilles d’œuf. Le noir de carbone est une forme basique du carbone que l’on retrouve dans la suie, qui fait office d’agent de renforcement du caoutchouc. Ingrédients alternatifs, les coquilles d’œuf disposent de microstructures poreuses qui offrent un contact plus grand avec le caoutchouc, et les pelures de tomate, très stables à des températures élevées, assurent une plus grande résistance de l’élastomère.
 
Reste la question de la couleur. Car le noir de carbone, en donnant sa couleur sombre au caoutchouc, protège le pneu des UV et des fissures. C’est pourquoi les biochimistes testent des combinaisons pour ajouter de la couleur et des propriétés anti-UV à leur formule.
Pour ce qui est de l’approvisionnement, elles proposent tout simplement de récupérer les déchets à la source, c’est-à-dire dans les usines de transformation alimentaire ! Selon le département de l’Agriculture des États-Unis, l’USDA, le pays produit 102 milliards d’œufs chaque année, dont la moitié est transformée dans des usines alimentaires qui doivent prendre en charge le coût d’enfouissement des coquilles. Ce sont par ailleurs 13 millions de tonnes de tomates qui sont consommées chaque année aux États-Unis (source USDA). Les déchets de ces deux produits constituent donc une ressource abondante. L’université Ohio State encourage la poursuite des recherches du laboratoire de Katrina Cornish et l’a autorisée à envisager le développement commercial de son innovation via la société EnergyEne.

Des pneus issus de la ferme autant que de l’usine

Si plus de 200 matières entrent dans la composition d’un pneu ‒ selon les données fournies par Michelin, l’un des leaders mondiaux du secteur ‒, l’agrégat complexe qu’il représente dépend encore très largement du pétrole.
 
Une gomme se compose en effet d’élastomères (caoutchouc naturel et caoutchouc synthétique à base d’hydrocarbures), de plastifiants (résines, huiles), d’éléments chimiques (soufre) et de charges renforçantes, dont la silice ou le noir de carbone. Travailler à une optimisation de la résistance et de l’usure des pneus grâce à des agents de renforcement organiques à base de pelures de tomate et de coquilles d’œuf présenterait donc plusieurs avantages : une fabrication plus durable du caoutchouc, un réemploi de déchets alimentaires aujourd’hui enfouis, et enfin, une réduction de la dépendance au pétrole.

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AUTEUR : 
Nathalie Faure
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