Pour les frères Freitag, l’affaire est dans le sac (recyclé)

Alors que la pédagogie sur le recyclage auprès du grand public n’en était qu’à ses balbutiements, les frères Daniel et Markus Freitag créaient en 1993 à Zurich le « Messenger Bag », un sac en bâche de camion devenu culte. Un textile 100 % biodégradable.

Freitag recycle chaque année près de 400 tonnes de bâche. L’équivalent de 110 km de camions en enfilade.

C’est souvent dans les petits tracas du quotidien que naissent les bonnes idées.
 
En 1993, Daniel et Markus Freitag, deux Suisses d’à peine plus de 20 ans, respectivement étudiants en design et en art à l’université de Zurich, voient leurs feuilles de cours fréquemment trempées par les pluies qui frappent la ville. Un après-midi, depuis leur balcon, ils observent l’autoroute en contrebas sur laquelle circulent de nombreux poids lourds recouverts de solides bâches. Eurêka ! À une époque où encore peu de gens se soucient du recyclage, leur vient l’idée de créer un sac composé de morceaux de bâches, de chambres à air de vélo et de morceaux de ceintures de sécurité usagées dont la robustesse et la praticité n’ont d’égal que l’étanchéité. Le désormais célèbre « Messenger Bag » était né.
 
Pourquoi « Messenger Bag » ? Parce que le premier modèle de la marque Freitag, le F13 Top Cat, a été très rapidement adopté par les coursiers à vélo de San Francisco puis dans tous les États-Unis, en raison de ses qualités susnommées. Aujourd’hui, la gamme Freitag comporte 70 produits, de la housse de smartphone au sac à dos en passant par les pièces de maroquinerie de luxe. L’entreprise recycle chaque année près de 400 tonnes de bâche (l’équivalent de 110 km de camions en enfilade), au travers de 400 000 créations.
 
En outre, la marque Freitag possède 16 F-Stores et 450 F-Dealers, boutiques partenaires, aux quatre coins du monde. Quant au F13 Top Cat originel, il a été mis sous cloche au prestigieux Museum of Modern Art de New York.
 
Le succès mondial n’a jamais altéré la démarche initiale des frères Freitag, devenue au fil des années une philosophie de vie : « We think and act in cycles » (« Nous pensons et agissons en cycles »). Le duo suisse pense toujours à l’avant et l’après d’un produit. « La revalorisation des déchets signifie que l’on utilise un matériau usagé qui ne devrait pas vraiment être présent dans l’environnement à l’origine », rappelait Markus Freitag dans une interview donnée au site Internet Lifegate en avril 2017 .
 
Pour transformer de vieilles bâches en collection vintage, ces dernières sont d’ailleurs lavées à l’eau de pluie (15 000 litres par jour) avant d’être découpées à la main au sein de la F-Actory Noerd, centre névralgique de la marque Freitag, à Zurich. Puis, les morceaux de tissu épais sont assemblés, toujours à la main, en Europe et en Tunisie, avant d’être commercialisés.
 

En 2014, les frères Freitag ont passé un nouveau cap dans l’économie du prêt-à-porter « circulaire » avec leur projet F-ABRIC. Un tissu 100 % biodégradable constitué de chanvre, de hêtre et surtout de lin, textile connu pour son aspect biodégradable, mais aussi sa culture bien moins coûteuse en énergie que celle de la laine ou du coton.
 
À ce titre, Freitag assure que la fabrication de son textile se fait sans gaspillage d’eau et dans un rayon de 2 500 km autour de Zurich, quand d’autres compagnies ciblent les bas coûts offerts par l’Asie. Même les boutons des vêtements F-ABRIC sont durables puisqu’ils peuvent être dévissés puis réutilisés. Car un cycle, ce n’est pas seulement réutiliser pour fabriquer, souligne Daniel Freitag : « Quand on dévisse un bouton, c’est une sorte de petit moment pédagogique parce qu’on commence à se dire : "Comment ça marche, le circulaire ?" C’est ce genre de moment qu’on essaie d’intégrer, pour créer de la sensibilisation. »
 

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