Getúlio Damado ou l’art coloré des objets de bric-à-brac recyclés

À Rio de Janeiro, dans un tramway rafistolé devenu atelier, cet artiste avant-gardiste de l’upcycling donne vie à des figurines naïves à partir de détritus.

Issues des poubelles, les Trash Dolls de Getúlio Damado appellent à une meilleure gestion des déchets. Mais aussi à plus de paix et d’amour.

Avec un geste sûr, l’artiste cisaille, découpe, scie, peint. Pieds nus, chapeau vissé jusqu’aux oreilles et sourire mutin, Getúlio Damado est un magicien du déchet. Cet éco-artiste carioca installé dans le quartier de Santa Teresa à Rio de Janeiro (Brésil) est passé maître dans l’art de transformer des objets de bric et de broc en art.

Un Fab Lab dans un antique tramway recyclé

Des boutons de culotte jaunes à la place des yeux, des capsules de bouteilles vertes en guise de bouche, une bonbonne d’eau bleue transformée en bras, des boîtes rouges de sauce tomate qui font office d’oreilles… Dans une rue écrasée par le soleil sur les hauteurs de Rio trône un drôle de petit studio de création. Un Fab Lab pas comme les autres où s’amoncellent statuettes et autres objets naïfs hauts en couleur. Les plus réputés d’entre eux sont des figurines baptisées Trash Dolls.

Bien à l’abri dans un antique wagon de tramway tout aussi chamarré – sa première œuvre –, Getúlio Damado transforme tous les déchets qui lui tombent sous la main. Son atelier, la Chamégo Bonzolandia, est devenu un symbole sur les pavés de Santa Teresa.

Éco-artiste précurseur

Son travail, qu’il définit comme « un art populaire brésilien », est une véritable ode à la récup’ et au recyclage. Depuis les années 1980, ce précurseur de l’écogeste collecte, chine, recycle tout ce qu’il trouve dans les poubelles de son quartier. « La production de déchets doit être mieux contrôlée. Gérer les déchets plus sérieusement, réduire le surplus de déchets inutiles, mon mode de vie est fondé sur ce constat », explique Getúlio Damado.

Ses admirateurs lui offrent toutes sortes de détritus glanés çà et là. « À partir de plastique, d’un bout de fer, d’un morceau de bois, je peux imaginer quelque chose », continue l’artiste. Lui seul sait transformer un flacon de déodorant usagé en une flamboyante tête de cheval. Ou une bouteille de shampooing vide en costume folklorique pour ses figurines.

Des poubelles aux salons huppés pour une seconde vie

Aujourd’hui, la démarche d’upcycling artistique et les Trash Dolls de Getúlio Damado ont dépassé les frontières du Brésil. L’atelier Chamégo Bonzolandia niché dans son petit tramway est devenu une place to be à Rio, selon Trip Advisor. Et ses figurines surcotées s’arrachent sur les places du design partout dans le monde.

Mais l’artiste garde les pieds sur terre. Il continue de vendre ses statuettes issues des poubelles à un tarif unique. « Vivre de l’art, c’est déjà une victoire. Beaucoup d’artistes doivent avoir un autre travail, moi non. Je gagne peu, mais je vis de mon art », confie-t-il.

Sa fierté : « offrir une seconde vie aux déchets, dans la maison de quelqu’un d’autre ».

Installées sur des guéridons de salons huppés ou sur la table de chevet d’un enfant, les œuvres d’art de Getúlio Damado deviennent alors de véritables icônes de l’écogeste.

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